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La LRA: une guérilla ougandaise ultra-violente

13/08/2014 05:27 EDT | Actualisé 13/10/2014 05:12 EDT

Rendue mondialement célèbre par la campagne "Kony 2012", l'Armée de résistance du Seigneur (LRA) de Joseph Kony a longtemps massacré dans la plus totale indifférence dans son fief du nord de l'Ouganda, puis au gré de son exil infernal dans les pays voisins.

- UN MOUVEMENT ULTRA-VIOLENT

Selon l'ONU, la LRA a tué plus de 100.000 personnes ces 27 dernières années en Afrique Centrale. Elle est accusée d'avoir enlevé plus de 60.000 enfants. Les Etats-Unis offrent 5 millions de dollars pour la capture de Joseph Kony, recherché par la Cour pénale internationale (CPI) avec trois de ses lieutenants.

La LRA est née en 1987 de la frustration des Acholi, ethnie du nord de l'Ouganda, laissés pour compte dans le développement du pays. Prétendant renverser le régime du président Yoweri Museveni, le mouvement s'est vite singularisé par les terribles sévices infligés à la communauté qu'elle prétendait défendre et aux civils en général.

Pour Kony, il s'agissait de faire payer au peuple acholi sa "trahison" d'avoir accepté le pouvoir du président Museveni, explique à l'AFP un expert du dossier, Jose Carlos Rodriguez.

- LA GUERILLA MYSTIQUE COMME MODE DE VIE

Autre caractéristique de la LRA: sa dimension mystico-religieuse, et les rites religieux ou de purification que Kony impose à ses combattants.

La LRA est une secte syncrétique qui mêle références chrétiennes, islamiques et croyances acholi, en particulier la possession des esprits, "un élément très fort de la culture acholi", selon M. Rodriguez.

Précurseurs de la LRA, les partisans du "Mouvement du Saint-Esprit" de la prêtresse Alice Lakwena, défait en 1987 par l'armée ougandaise, se soumettaient déjà à de nombreux rituels religieux ou de lutte contre la sorcellerie.

Dans les années 90, les prières collectives au sein de la LRA étaient quotidiennes, le dieu invoqué celui des chrétiens. On priait à la façon islamique, avec interdiction d'élever des cochons et de travailler le vendredi. Les supposés "pécheurs" étaient traqués, dans la population comme au sein du mouvement.

Beaucoup des rites de la LRA n'avaient d'autres explications que les lubies de Kony, un "prophète" prétendant être en contact avec Dieu. Les rebelles palliaient ainsi souvent leurs difficultés d'approvisionnement par la foi.

Ces pratiques perdurent encore aujourd'hui, même si elles se sont diversifiées. Kony a notamment fait abroger l'interdiction des relations sexuelles hors mariage, imposée par Alice Lakwena, pour adopter lui-même des dizaines d'épouses et concubines enlevées et à peine sorties de l'adolescence.

Avec le temps, et la fuite de la LRA loin de ses bases ougandaises, les combattants sont devenus moins sensibles à cette dimension religieuse.

Pour autant, ces croyances ont renforcé encore un peu plus la résistance physique et mentale acquise au fil des ans par les fidèles de Joseph Kony, et leur extraordinaire aptitude à la survie dans la brousse. Kony a utilisé la religion comme une arme pour consolider son mouvement, "la guérilla mystique est devenue pour eux un véritable mode de vie", selon un diplomate et autre expert du groupe.

- UNE IDENTITE ACHOLI QUI PERDURE

Malgré les années d'exil au Sud-Soudan, en République démocratique du Congo (RDC) et aujourd'hui en Centrafrique, la LRA a su également "conserver son identité acholi", là aussi garante de la survie du groupe, selon M. Rodriguez.

Cette identité a pu sembler un moment plus diffuse, voire menacée, du fait notamment des milliers d'enrôlements forcés de villageois soudanais, congolais et centrafricains.

Mais elle est toujours bel et bien présente. "Nous savons par les combattants qui ont fait défection qu'ils continuent à pratiquer leurs rituels religieux acholi", selon M. Rodriguez.

Ils obligent les nouveaux captifs à apprendre la langue acholi en huit semaines. Ceux qui ne la maitrisent pas doivent se taire, ceux qui s'aventureraient à parler une autre langue sont tués.

Un changement de générations est en cours: les commandants les plus âgés ont été écartés au profit de combattants plus jeunes, tous nés en brousse et qui n'ont connu que la vie dans le maquis. Tous sont acholi. A l'image de Salim Saleh, 22 ans, un fils de Kony auquel celui-ci aurait confié récemment le commandement des opérations.

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