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Gideon Levy, l'anti-guerre israélien qui nage à contre-courant

13/08/2014 08:33 EDT | Actualisé 13/10/2014 05:12 EDT

Le soleil, la plage, les bikinis, les amours d'été et des mojitos sucrés! En Israël, le conflit dans la bande de Gaza semble parfois bien lointain. Les anti-guerre, comme Gideon Levy, peinent à mobiliser les foules. Pire, ils sont devenus les "traîtres".

Grande plume du quotidien de gauche Haaretz, Gideon Levy a été propulsé symbole de l'opposition à l'opération "Bordure protectrice", lancée début juillet dans la Bande de Gaza par l'armée israélienne.

Connu de tous en Israël pour son attachement à la cause palestinienne, son verbe acéré et son visage carré au teint halé, Gideon Levy est devenu le "traître" par excellence après avoir signé à la mi-juillet un texte au vitriol accusant les pilotes israéliens de "perpétrer les gestes les plus cruels" dans la bande de Gaza.

La réaction a été immédiate. Des lecteurs ont annulé leur abonnement, un des ténors de la coalition de droite au pouvoir, Yaris Levin, a menacé de le poursuivre pour "traîtrise", des gens l'insultaient dans la rue. Par prudence, la rédaction du journal Haaretz lui a attribué des gardes du corps.

Gideon Levy avait déjà suscité la polémique lors de l'opération Plomb durci, fin 2008, début 2009, en signant un texte acerbe sur l'armée israélienne, mais les réactions n'avaient pas été aussi virulentes.

"Je n'ai jamais fait face à des réactions aussi agressives, jamais", confie-t-il dans son bureau exigu au premier étage de la rédaction du Haaretz, à Tel-Aviv, lieu de rencontre discret, privilégié aux cafés où il craint encore de se faire insulter par de simples citoyens ou des soldats.

- Beaucoup de soutien à l'étranger -

L'opinion publique israélienne a appuyé en vaste majorité cette guerre. Un sondage de l'Institut démocratique d'Israël, un centre de recherche indépendant, chiffrait récemment à 95% son appui chez les Juifs, largement majoritaires au pays.

"Cela fait sept ans que ce gouvernement israélien d'extrême droite incite au racisme à coup de loi antidémocratique, de déshumanisation des Palestiniens dans les médias. Alors en temps de guerre, cela atteint un pic", dit-il.

Bref, "tout le monde se fout éperdument de la souffrance à Gaza. Plus encore, si vous osez exprimer de l'empathie, vous êtes un traître", juge-t-il, amer de sa société, mais reconnaissant à l'égard de certains lecteurs et la direction de son journal, qui l'a soutenu dans cette épreuve, plutôt que de lui retirer sa chronique.

"J'ai eu beaucoup de soutien à l'étranger, en Europe, aux Etats-Unis, au Pakistan, à travers le monde, mais en Israël moins", dit-il.

Au cours des dernières semaines, des manifestations critiques de l'opération militaire dans la bande de Gaza ont réuni au grand maximum quelques milliers de manifestants en Israël mais ont été émaillées par des affrontements.

Samedi dernier, avant la trêve, sur la place Rabin, au coeur de Tel-Aviv, ils étaient environ une centaine à braver l'interdiction de manifester décrétée ce jour-là par les autorités qui craignaient de voir des roquettes du Hamas pleuvoir sur la métropole israélienne.

Des pro-opération militaire ont invectivé les manifestants, passant proche d'en arriver aux poings, avant de défiler eux-mêmes sur la place Rabin sous la supervision étroite de la police qui a réussi à faire une zone tampon entre les deux groupes aux positions antinomiques.

Pendant les premières semaines des affrontements entre le Hamas palestinien et l'armée israélienne, les sirènes d'alerte retentissaient presque quotidiennement sur Tel-Aviv, située à environ 90 kilomètres de l'enclave palestinienne. Et la mort au combat de 64 soldats israéliens a suscité une vague de solidarité en Israël.

Mais la vie a depuis repris un cours presque normal. "C'est la guerre", ironise ainsi un serveur dans un bar écrasant dans un verre du citron vert, de la menthe et des glaçons de rhum servis aux oiseaux de nuit. Durant la journée, sur la plage, jeunes femmes et jeunes hommes bronzés s'observent en coin et se mêlent sous le fracas des vagues contre des rochers.

"La vie continue. Personne ne se soucie du prix payé de l'autre côté... personne ne se soucie de la destruction et des meurtres à Gaza", tance Gideon Levy, nageant à contre-courant dans l'ombre de son bureau.

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