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Débarquement de Provence: la France rend hommage aux combattants de ses anciennes colonies

13/08/2014 02:54 EDT | Actualisé 12/10/2014 05:12 EDT

Après les commémorations spectaculaires du "D-Day" en Normandie, la France célèbre vendredi le 70e anniversaire du débarquement de Provence, le 15 août 1944, en présence de quinze dirigeants africains en hommage à la contribution des soldats des anciennes colonies à la libération du pays.

Absents des cérémonies du 6 juin, ces combattants "indigènes" seront représentés en Provence (sud) par une quarantaine de vétérans.

Des représentants de 28 pays au total ont été conviés par le président français François Hollande à une cérémonie organisée sur le porte-avions Charles De Gaulle, bâtiment emblématique de la marine française, qui sera ancré au large de Toulon. Quinze chefs d'Etat et de gouvernement d'Afrique noire et du Maghreb seront présent.

Dans la matinée, un hommage sera également rendu au mémorial du Mont Faron, qui domine Toulon, aux soldats alliés, forces françaises libres et soldats de l'Armée d'Afrique, résistants mais aussi civils.

"Nancy a le torticolis": le 14 août 1944, à 19h15, un message codé diffusé par la BBC à Londres avertit la résistance de l'imminence du débarquement en Provence.

L'opération dite "Dragoon" débute le lendemain, 70 jours après le débarquement en Normandie. Elle va consister pour les alliés - 450.000 hommes, dont environ 250.000 Français - à prendre en tenaille l'occupant allemand pour le contraindre à battre en retraite.

En face des Français, Américains, Canadiens et Britanniques, la XIXe armée allemande ne dispose que de 250.000 hommes, dispersés sur la côte méditerranéenne.

Côté français, les troupes coloniales sont très majoritairement représentées, composées pour moitié de Français et pour moitié d'"indigènes" (environ 110.000 hommes) venus principalement d'Algérie, du Maroc ou de Tunisie, mais aussi d'Afrique subsaharienne, regroupés sous le nom de "tirailleurs sénégalais".

Cette "Armée B", sous les ordres du général de Lattre de Tassigny, va jouer un rôle crucial avec l'aide de la résistance locale. Ce sont en particulier ces régiments africains qui libéreront Toulon et Marseille à la fin du mois d'août 1944.

"Côté français, le débarquement de Provence, c'était essentiellement des Africains du Nord, Européens et musulmans", souligne Francis Simonis, chercheur au Centre d'études des mondes africains (CEMAF).

Les tirailleurs sénégalais, "dont beaucoup étaient en réalité maliens", ont joué un rôle moins important en Provence, ajoute-t-il, rappelant qu'ils "avaient massivement été envoyés au combat en 1940", où "beaucoup sont morts ou ont été faits prisonniers".

- 'Le jour le plus sombre de ma vie' (Hitler) -

De manière générale, l'opération "Dragoon" dans son ensemble connaît "une réussite beaucoup plus rapide que prévu", raconte l'historien Jean-Marie Guillon, professeur à l'Université de Provence.

Le coup d'envoi est donné le 15 août à 00h15 par les commandos français d'Afrique du lieutenant-colonel Bouvet (Romeo Force) qui escaladent la falaise du cap Nègre, à une quarantaine de km à l'est de Toulon, et s'emparent d'une batterie d'artillerie.

Moins de 24 heures plus tard, les alliés occupent une poche de plus de 30 km de profondeur. "C'est le jour le plus sombre de ma vie", dira Hitler face à la percée alliée.

Au soir du 15 août, sur 100.000 hommes débarqués, un millier avaient péri, des pertes sans commune mesure avec le bilan effroyable enregistré sur les plages normandes (plus de 10.000 soldats alliés morts, blessés ou disparus pour la seule journée du 6 juin 1944).

Complémentaire de l'opération "Overlord" en Normandie, le débarquement en Provence s'avère plus décisif: il conduit dès le 18 août à l'ordre de repli des troupes de la Wehrmacht stationnées dans le Sud-Ouest et aboutit à la libération plus rapide que prévu de Toulon (27 août) et Marseille (28 août).

Paris, qui se soulève le 19 août, sera finalement libéré six jours plus tard, grâce à l'action conjuguée de la Résistance, de la population parisienne et de la 2e division blindée (DB) du général Leclerc, placée sous commandement américain, et appuyée par la 4e division d'infanterie américaine.

Point commun de ces combats d'août 1944: la participation importante des forces françaises, qui n'était que symbolique le 6 juin. Primordiale sur le plan politique, elle permettra à la France de laver l'humiliation de 1940 et de s'asseoir à la table des vainqueurs.

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