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Vaccins préventifs, antiviraux: la recherche sur Ebola explore plusieurs pistes

11/08/2014 06:13 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

Des vaccins préventifs aux antiviraux et au sérum, la recherche sur le virus Ebola explore plusieurs pistes, dopée par la plus grave épidémie enregistrée en 40 ans, même si pour l'essentiel ces armes potentielles n'en sont qu'au stade de l'expérimentation animale.

VACCINS

Parmi les candidats, le vaccin préventif de la firme anglaise GSK dont l'étude d'innocuité (première étape des tests humains) est prévue en septembre, "d'abord aux Etats-Unis et certainement dans un pays africain", selon Jean-Marie Okwo-Bele, directeur du département des vaccins et immunisation de l'OMS.

Le Dr Anthony Fauci, directeur de l'Institut américain des allergies et des maladies infectieuses (NIAID/NIH, recherche publique) a fait part de discussions avec les laboratoires pharmaceutiques "pour accélérer le processus". "Un vaccin pourrait être disponible pour les soignants dès 2015", a-t-il dit à l'AFP.

L'OMS envisage des procédures accélérées, voire de "sauter des étapes" pour les médicaments et les vaccins, mais "avec quand même des garde-fous", d'après le Dr Okwo-Bele. Elle a toutefois saisi un groupe d'experts sur les questions d'éthique.

Le vaccin GSK est confectionné avec un vecteur (transporteur de la partie vaccinante) viral dans lequel deux gènes - non infectieux - d'Ebola ont été insérés. Cette préparation déclenche la fabrication d'une protéine contre laquelle l'organisme va apprendre à se défendre.

Par ailleurs, le NIAID/NIH américain soutient la société biopharmaceutique Crucell (Johnson & Johnson) qui développe un vaccin contre les virus Ebola/Marburg, déjà testé chez l'humain d'après la compagnie. Un nouvel essai clinique de phase 1 (tests sur volontaires sains) est prévu pour fin 2015 ou début 2016, indique le NIAID en ligne. Il finance également la société américaine Profectus Biosciences, développeur d'un autre candidat vaccin préventif (le vecteur est un virus animal recombinant, l'agent de la stomatite vésiculeuse).

En outre, le NIH et l'Université Thomas Jefferson collaborent à la mise au point de vaccins anti-Ebola sur la base d'un vaccin contre la rage, qui pourrait servir à prévenir ces deux maladies à la fois chez la faune sauvage en Afrique; une autre version est étudiée pour protéger les vétérinaires. Ce vaccin est encore en phase d'essais sur l'animal.

TRAITEMENTS

Le ZMapp, un cocktail de trois anticorps "monoclonaux", administré à deux Américains malades ayant contracté le virus au Libéria, est un sérum thérapeutique abusivement qualifié de "miracle". S'il semble présenter "une certaine efficacité", l'administration à seulement deux ou trois patients ne permet pas de tirer de conclusions, selon le Dr Faucy et d'autres spécialistes qui incitent à la prudence.

"Quelques centaines de traitements ZMapp pourraient être disponibles d'ici la fin de l'année, a indiqué lundi le Dr Marie-Paule Kieny, directrice générale adjointe de l'OMS, mais il y a d'autres traitements plus avancés pour d'autres maladies qui pourraient être adaptés ou utilisés potentiellement pour l'Ebola et être mis à la disposition plus rapidement".

Le TKM-Ebola de la société canadienne Tekmira a fait l'objet pour son développement d'un contrat de 140 millions de dollars du département américain de la Défense. L'agence américaine des médicaments (FDA) a en partie levé sa suspension d'essai clinique de ce traitement expérimental. Décision qui ouvre la voie à son éventuelle administration à des personnes infectées, a estimé la firme.

Le favipiravir (ou "T-705"), un antiviral contre la grippe de Toyama Chemical, filiale de FujiFilm, émergerait comme traitement potentiel, selon la presse économique. Un porte-parole de Fujifilm a indiqué être en pourparler avec les autorités américaines pour le tester.

Selon le Dr Okwo-Bele, "on pense aussi à utiliser du sérum de convalescence" (anticorps provenant de gens guéris).

Pour le Pr Hervé Raoul (Inserm), qui dirige le laboratoire de haute sécurité P4 Jean Mérieux à Lyon, "les antiviraux, plus faciles à utiliser au cours d'une épidémie, sont la priorité". Ils permettraient de faire baisser le nombre de malades, facilitant ainsi la mise en oeuvre des mesures de prévention.

Pour cette maladie qui tue en quelques jours 60% des personnes touchées, "il faut passer le pic de réplication (multiplication) du virus. Il y a une corrélation entre la quantité de virus et l'aggravation de l'état du patient. Donné à temps, un médicament qui bloquerait cette prolifération pourrait permettre au malade de récupérer avec ses propres défenses".

BC/fa/ed

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