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L'abbé Raymond Gravel, connu pour son progressisme, a succombé au cancer

11/08/2014 01:00 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - L'abbé Raymond Gravel, prêtre très engagé dans la vie publique et pastorale, est décédé lundi des suites d'un cancer du poumon à l'âge de 61 ans.

Le diocèse de Joliette a confirmé qu'il s'était éteint lundi matin vers 11 h au Centre hospitalier régional de Lanaudière, à Joliette.

Connu pour ses positions progressistes sur les questions de l'homosexualité et de la place des femmes dans l'Église, Raymond Gravel avait confirmé en octobre 2013 qu'il était atteint d'un cancer du poumon de stade quatre, et que la maladie avait entraîné le développement de métastases aux os.

Lors d'une série d'entrevues données lors de l'annonce de sa maladie, il avait affirmé qu'il allait «continuer à se battre», et que son corps «répondait bien» aux traitements de chimiothérapie.

«J'ai fumé durant 49 ans. C'est sûr que je ne me suis pas aidé», avait-il confié à Radio-Canada.

Parlant du diagnostic posé par son médecin, il a raconté que ce dernier lui avait dit: «Si vous vous faites soigner, c'est trois mois, sinon c'est six mois». L'abbé Gravel aura défié cette «condamnation à mort» en combattant la maladie pendant près d'un an.

«J'ai peur de souffrir, pas de mourir», répétait souvent M. Gravel, disant comprendre les gens qui réclament de l'aide pour mourir lorsque la douleur devient trop insupportable.

Il avait d'ailleurs exprimé publiquement son appui au projet de loi sur l'aide médicale à mourir d'abord proposé par la députée de Joliette, Véronique Hivon, et qui a finalement été adopté à la majorité le 5 juin dernier par les élus à l'Assemblée nationale.

Mme Hivon estime que l'intervention de l'abbé Gravel a grandement contribué à l'avancement du projet de loi. Elle dit l'en avoir remercié lors de leur dernière rencontre, le 24 juin dernier, lors des célébrations de la Fête nationale à Joliette. «Il n'a pas eu peur de s'afficher et d'aller à l'encontre, encore une fois, des positions établies de l'Église. Il a ajouté une voix de sagesse, d'humanité et de compassion dans ce débat, et je pense qu'il n'est pas étranger au fait que ce projet de loi ait pu être adopté», a souligné la députée péquiste en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, lundi.

Mme Hivon a également salué la détermination de l'homme à réformer de l'intérieur l'institution que représente l'Église catholique. «Il m'a confirmé qu'il est toujours important de se battre pour ses convictions les plus profondes et les plus intimes, a-t-elle fait valoir. Je l'admire énormément, parce que quand vous faites partie d'une institution, c'est parfois difficile de changer les choses, et certains pourraient parfois baisser les bras.

«Lui, c'était l'antithèse de ça.»

Né le 4 novembre en 1952 à Saint-Damien-de-Brandon, Raymond Gravel a brièvement délaissé la vie pastorale active en 2006 lorsqu'il a été élu député du Bloc québécois dans la circonscription de Repentigny. Il devenait ainsi le premier prêtre à se retrouver sur les banquettes de la Chambre des communes.

Le Vatican lui avait d'abord permis de conserver son statut de prêtre avant de se raviser à la veille des élections générales de 2008. L'abbé Gravel avait alors choisi de rentrer au bercail plutôt que de solliciter un second mandat.

Le chef du Bloc québécois de l'époque, Gilles Duceppe, estime que cet homme d'Église apportait une perspective bien unique sur les réalités québécoises.

«C'est important que quelqu'un qui est prêtre puisse s'exprimer sur la place des femmes, sur le respect envers les gais, sur mourir dans la dignité, sur l'avortement. Sa compréhension qu'il avait de tout ça, c'était drôlement important qu'un prêtre puisse dire ça. Et c'est malheureux que la hiérarchie catholique l'ait empêchée de continuer à jouer son rôle de député», a indiqué l'ancien chef du Bloc québécois.

M. Duceppe devait rencontrer Raymond Gravel mercredi en journée. Malgré la maladie, rapporte l'ancien chef bloquiste, l'abbé Gravel gardait un moral exceptionnel. «Il était habité par l'espoir», a indiqué M. Duceppe, qui lui avait parlé récemment.

Le doyen du Bloc québécois aux Communes, Louis Plamondon, a tenu à rendre hommage à son ancien collègue, dont il était très proche.

«J'allais souper avec lui à tous les soirs, et c'était quasiment un cours de philosophie à tous les soirs que je recevais. C'était un grand humaniste», a-t-il confié en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne, lundi après-midi.

Selon lui, M. Gravel a «adoré» son expérience en politique active — l'une de ses «plus grandes déceptions» aura été d'être contraint de faire un choix entre la politique et la prêtrise.

«Il m'a dit que ce qui lui faisait de la peine, c'était qu'il avait été obligé de choisir par suite des pressions des catholiques et de chrétiens du Canada anglais, qui avaient inondé le Vatican de plaintes contre lui en déformant ses propos», a expliqué M. Plamondon à l'autre bout du fil.

Sur le réseau social Twitter, lundi, les trois chefs des principaux partis fédéraux — le premier ministre Stephen Harper, le chef de l'opposition Thomas Mulcair et le chef libéral Justin Trudeau — ont offert leurs condoléances aux proches du disparu.

Curé de la paroisse de Sainte-Anne-des-Plaines, M. Gravel a régulièrement exposé des points de vue allant à l'encontre des doctrines du Vatican. Il s'est notamment prononcé en faveur de l'ordination des femmes et des hommes mariés, de même que des personnes homosexuelles.

Il a aussi été attaqué par des organismes opposés à l'avortement après avoir affiché son soutien envers le docteur Henry Morgentaler lorsque le médecin a reçu l'Ordre du Canada, en 2008.

En décembre 2010, M. Gravel avait intenté une poursuite de 500 000 $ pour diffamation contre le site anti-avortement LifeSiteNews.com et l'organisme Campagne Québec-Vie. La poursuite a finalement été réglée à l'amiable en 2013.

«On a reconnu qu'on avait fait de la diffamation à mon endroit et ça m'a soulagé», a-t-il confié plus tard en entrevue.

En juillet dernier, la Ville de Mascouche avait rendu hommage à M. Gravel en rebaptisant sa caserne de pompiers en son honneur, même si cela allait à l'encontre d'un règlement selon lequel il faut attendre un an après le décès d'une personne pour donner son nom à un édifice public. L'abbé Gravel était depuis des années l'aumônier des pompiers de cette municipalité, en plus d'occuper le même rôle auprès des sapeurs de Laval et de Montréal.

Le maire de la métropole, Denis Coderre, a d'ailleurs annoncé lundi sur son compte Twitter que le drapeau de Montréal serait mis en berne à l'hôtel de ville pour rendre hommage à l'abbé Gravel.

La dépouille de M. Gravel sera exposée à la cathédrale de Joliette jeudi, et ses funérailles seront célébrées au même endroit vendredi à 14 h.

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