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Israël et Hamas doivent trouver un compromis sans rien paraître céder

11/08/2014 11:19 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

Israël et le Hamas, qui se sont entendus sur un cessez-le-feu provisoire dans la bande de Gaza, doivent trouver un compromis pour consolider la trêve, mais sans donner le sentiment à leur population de céder quoi que ce soit.

Israéliens et Palestiniens ont conclu dimanche un cessez-le-feu de 72 heures par l'entremise des Egyptiens, Israël refusant de traiter directement avec les "terroristes" du Hamas. Ils devaient engager lundi de nouvelles discussions pour instaurer une trêve durable.

Mais les Israéliens et les médiateurs égyptiens, qui accusent également le Hamas de "terrorisme", sont "bien décidés à ne lui faire aucun cadeau pour éviter qu'il apparaisse comme vainqueur de la guerre", dit Mark Heller, de l'Institut israélien des études pour la sécurité nationale.

De son côté, le mouvement islamiste, étranglé économiquement par le blocus israélien imposé à Gaza et en passe seulement de sortir de son isolement sur la scène politique palestinienne, répète à l'envi qu'il ne fera "aucune concession" sur ses exigences: fin du blocus, ouverture d'un port sur la Méditerranée et libération de prisonniers.

Mais ces rodomontades sont en fait le signe que le Hamas "redoute la réaction de la rue palestinienne" si jamais il cédait après la mort de plus de 1.900 Palestiniens, estime le politologue Moukhaïmer Abou Saada, de l'université al-Aqsa de Gaza.

En infligeant à l'armée israélienne de lourdes pertes (64 soldats tués), le Hamas s'est senti pousser des ailes et a pu "relever le plafond de ses exigences", estime Adnane Abou Amer, politologue à l'université Oumma de Gaza.

- Bras de fer entre Palestiniens -

Mais aujourd'hui, il lui faut composer avec les rapports de force au sein même du camp palestinien, estiment les experts.

Au Caire, la délégation de négociateurs est composée de membres du Hamas, de son allié du Jihad islamique et de l'Organisation de libération de la Palestine (OLP), qui chapeaute l'Autorité palestinienne et regroupe tous les mouvements palestiniens à l'exception du Hamas et du Jihad islamique.

De plus en plus isolé, suite à la destitution en Egypte du président islamiste Mohamed Morsi en 2013 et l'arrivée au pouvoir d'Abdel Fattah al-Sissi -- farouche adversaire de la confrérie des Frères musulmans dont est issu le Hamas --, le mouvement islamiste palestinien a récemment signé un accord de réconciliation avec l'OLP qui a débouché sur un gouvernement d'unité, composés de technocrates approuvés par les deux camps.

Le chef de la délégation palestinienne, Azzam al-Ahmed, un responsable du Fatah du président Mahmoud Abbas et rival du Hamas, insiste d'ailleurs: c'est ce "gouvernement d'union nationale" qui mettra en place l'accord obtenu "avec le consentement de toutes les tendances politiques du spectre palestinien".

Le discours public palestinien salue certes l'unité retrouvée. Mais, pour M. Abou Saada, si les négociations au Caire débouchent sur un accord alors il n'y aura qu'"un vainqueur: l'Autorité palestinienne".

"Aux premiers jours de la guerre, l'Autorité palestinienne était le grand perdant face aux succès sur le terrain du Hamas, mais les négociations (avec Israël) et la médiation égyptienne ont fait d'elle la partie qui y gagne le plus", renchérit M. Abou Amer.

Car, pour obtenir satisfaction de leurs demandes d'assouplissement du blocus, les Palestiniens pourraient se diriger vers une solution qui verrait la gestion des points de passage, vers Israël, l'Egypte et la mer, confiée à l'Autorité palestinienne plutôt qu'au Hamas, comme le réclament Egyptiens et Israéliens.

"En pratique, l'Autorité palestinienne aura le dernier mot sur les points de passage et sur les frontières", une prérogative qu'elle avait perdue en 2007 lors de la prise de contrôle par la force de Gaza par le Hamas, tout juste privé de son succès aux élections législatives, explique M. Abou Amer.

Israël pourrait ainsi concéder un possible élargissement des zones de pêche, ainsi qu'un "allégement du blocus sur Gaza à condition que l'Autorité palestinienne soit associée au contrôle des marchandises", estime Daniel Nisman, un analyste président du Groupe Levantin, une agence de consultants sur les risques géopolitiques.

Mais, prévient M. Abou Saada, "cela augure de différends intra-palestiniens à l'avenir car si la décision est laissée à l'Autorité, il est évident que sur le terrain, c'est toujours le Hamas qui fait la loi".

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