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Ebola: l'Espagne importe le traitement expérimental américain

11/08/2014 07:58 EDT | Actualisé 11/10/2014 05:12 EDT

MADRID - Un prêtre missionnaire espagnol rapatrié du Libéria après avoir été infecté par le virus d'Ebola recevra un traitement expérimental américain.

Le ministère espagnol de la Santé a annoncé lundi que le médicament ZMapp, de la firme pharmaceutique californienne Mapp Biopharmaceutical, a été obtenu à Genève pendant la fin de semaine et expédié vers Madrid, où le père Miguel Parajes est en quarantaine à l'hôpital Carlos III.

L'épidémie actuelle d'Ebola, la pire jamais constatée, a déjà fait plus de 1000 morts en Afrique de l'Ouest, et on ne dispose d'aucun traitement pour lutter contre la maladie.

L'Organisation mondiale de la Santé a déclaré la semaine dernière que l'épidémie — qui a fait surface en Guinée, en mars, avant de se propager à la Sierra Leone, au Libéria et au Nigeria — constitue une urgence de santé publique internationale et a demandé à tous les pays du monde de s'impliquer pour combattre le virus.

Les questions éthiques entourant l'utilisation d'un médicament expérimental faisaient l'objet lundi d'une conférence téléphonique organisée par l'OMS.

«Ça donne certainement une mauvaise image quand seulement trois Occidentaux ont reçu le médicament alors que la majorité des victimes de l'Ebola sont des Africains», a dit Art Caplan, le directeur de la bioéthique du centre médical NYU Langone. Il estime que l'entreprise pharmaceutique doit clarifier sa politique de distribution du produit. «Je ne pense pas que cette ressource rare devrait être donnée à ceux qui ont les meilleures connexions.»

Deux Américains infectés par l'Ebola en Afrique ont déjà reçu ce traitement après avoir été rapatriés aux États-Unis, et leur état de santé semble s'améliorer. Tous deux sont en quarantaine dans un hôpital d'Atlanta.

M. Caplan prévient toutefois qu'il y a peut-être une explication logique pourquoi seuls des Occidentaux ont reçu le nouveau médicament, comme la nécessité pour un centre hospitalier moderne d'administrer le produit et de surveiller l'état de santé des patients, puisque l'utilisation de la substance chez l'humain n'est pas encore autorisée.

L'Espagne dit avoir reçu la permission de Mapp Biopharmaceutical d'utiliser une dose disponible à Genève, en vertu d'une entente conclue entre l'OMS et Médecins sans frontières. Une loi espagnole permet le recours à des médicaments expérimentaux si aucun autre traitement n'est disponible pour des patients dont la vie est menacée.

L'OMS prétend toutefois n'avoir joué aucun rôle dans cette affaire.

Le médicament est composé de trois anticorps qui se lient au virus d'Ebola, permettant au système immunitaire de le détruire. Ces anticorps doivent en revanche être extraits de plants de tabac génétiquement modifiés, et il faut des mois pour produire une quantité modeste du médicament.

Par ailleurs, le Nigeria a confirmé lundi une nouvelle infection sur son territoire, à savoir une infirmière qui a soigné un Libérien d'origine américaine qui est arrivé au pays déjà malade avant de succomber à la maladie. On compte maintenant dix infections au Nigeria, dont deux décès. Ces infections n'ont par contre pas encore été confirmées par l'OMS.

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