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Keystone XL: les effets climatiques seraient largement sous-estimés

10/08/2014 02:51 EDT | Actualisé 10/10/2014 05:12 EDT

EDMONTON - Une analyse économique des possibles impacts climatiques du projet d'oléoduc Keystone XL a permis de conclure que ces effets environnementaux pourraient être jusqu'à quatre fois plus importants que précédemment estimés.

Dans l'étude publiée dans le journal scientifique Nature Climate Change, des chercheurs de l'Institut environnemental de Stockholm écrivent que les conclusions largement rapportées du département d'État américain voulant que l'oléoduc transportant du pétrole des sables bitumineux n'aurait pas un impact important ne tiennent pas compte d'une importante source d'émission de gaz à effet de serre.

Au dire du coauteur Peter Erickson, l'évaluation n'a pas tenu compte des implications sur le marché. «Si l'oléoduc Keystone était en mesure d'accroître un rythme plus important de l'extraction du pétrole des sables bitumineux, cela ne viendrait-il pas augmenter l'offre mondiale, et donc réduire les prix, pour enfin permettre une plus grande consommation?»

Selon M. Erickson, il s'agirait là du plus grand impact de l'oléoduc en matière d'émissions polluantes. Le chercheur et son collègue, Michael Lazarus, ont utilisé des données provenant de précédentes études et d'agences internationales qui décrivent de quelle façon le prix du pétrole affecte la consommation; ils ont constaté qu'un prix légèrement plus faible pour chaque baril de pétrole bitumineux créé par Keystone XL ferait augmenter la consommation mondiale par un peu plus qu'un demi-baril d'or noir.

La capacité de Keystone XL, proposé par TransCanada, serait d'environ 820 000 barils par jour. Si chacun de ces barils provenait d'une production supplémentaire, l'impact carbone annuel de l'oléoduc pourrait être de 110 mégatonnes, soit quatre fois l'estimation maximale du département d'État, à 27 mégatonnes.

Les auteurs reconnaissent que leur étude ne permet pas de conclure si Keystone XL encouragerait l'expansion de l'exploitation des sables bitumineux, ou simplement offrir un canal pour une croissance qui se produirait de toute façon. Pour les écologistes, cependant, la première hypothèse ne fait aucun doute.

Aux yeux de l'Institut Pembina, l'oléoduc permettrait aux entreprises exploitant les sables bitumineux d'obtenir un meilleur prix dans les raffineries américaines, envoyant un message d'accroissement de la production aux marchés. Le groupe de réflexion en faveur de l'énergie verte invoque également des déclarations officielles portant à croire que le projet permettrait aussi à leurs entreprises d'extraire davantage de sables bitumineux.

«Il est probable, en fait, que Keystone XL ferait effectivement augmenter la production de sables bitumineux en Alberta», mentionne une note de recherche de l'organisation.

Pour des responsables de l'industrie, toutefois, la relation entre les oléoducs et la production n'est pas aussi simple. Une plus importante production et une meilleure capacité de transport s'alimentent mutuellement, indique Terry Abel, directeur des sables bitumineux pour l'Association canadienne des producteurs pétroliers. «La croissance des sables bitumineux nécessitera éventuellement une capacité supplémentaire pour transporter le produit, dit-il. Cette croissance de la production génère plusieurs projets en ce sens.»

«Ultimement, c'est la demande pour le produit qui encourage la croissance de la production.»

Malgré tout, M. Lazarus affirme que le débat sur les impacts climatiques des projets énergétiques gagnerait à profiter d'un regard plus attentif porté à leurs effets sur les marchés. Même si la capacité de l'oléoduc ne représenterait qu'environ 1 pour cent de la consommation mondiale de pétrole, cela serait suffisant pour avoir un impact notable sur les marchés.

Pour sa part, le gouvernement canadien soutient que l'étude appuie ses conclusions sur de fausses prémisses.

La première de celles-ci, affirme un courriel envoyé par Ressources naturelles Canada, est le fait que la production pétrolière canadienne serait affectée par l'arrêt de la construction d'un oléoduc. La deuxième est de croire que le brut transporté par Keystone XL remplacera le brut expédié en provenance du Moyen-Orient, et qu'il entraînerait 18 pour cent plus d'émissions polluantes que le brut moyen-oriental.

«Le gouvernement du Canada a clairement indiqué qu'il était d'accord avec l'analyse du département d'État américain voulant que Keystone XL serait plus sécuritaire et moins polluant que des options de rechange», poursuit le courriel.

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