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Irak: les forces kurdes ont enregistré des avancées face aux militants sunnites

10/08/2014 03:38 EDT | Actualisé 10/10/2014 05:12 EDT

BAGDAD - Le premier ministre irakien contesté Nouri al-Maliki, dans un discours surprise tard dimanche, a écarté les appels à sa démission et a accusé le nouveau président du pays d'avoir commis une «claire violation constitutionnelle».

Il a annoncé qu'il déposera une plainte judiciaire contre le président. La sortie surprise de M. Al-Maliki plonge le gouvernement plus profondément dans la crise politique alors que Bagdad combat l'avancée des militants islamistes.

Le bloc politique du premier ministre a remporté le plus grand nombre de sièges lors des élections d'avril dernier, et M. Al-Maliki accuse le nouveau président Fouad Massoum d'avoir négligé de nommer un premier ministre provenant de la principale force politique du pays avant l'échéance de dimanche soir.

Le premier ministre soutient que le président a ainsi violé la Constitution «à des fins politiques». Au dire de M. al-Maliki, s'exprimant pour la première fois à la télévision depuis le début des frappes américaines et des largages humanitaires la semaine dernière, la situation sécuritaire n'ira qu'en empirant, et des «conséquences négatives» découleront des gestes du président.

M. Al-Maliki cherche à obtenir un troisième mandat comme premier ministre, mais la plus récente crise a incité même ses plus proches alliés à appeler à sa démission. Une séance parlementaire prévue lundi pour discuter de l'élection et du poste de premier ministre a été remise au 19 août.

Quelques heures après le discours de M. Al-Maliki, le département d'État américain a affirmé dimanche «soutenir totalement» le nouveau président irakien.

La porte-parole du département d'État Jen Psaki a déclaré par communiqué que les États-Unis soutenaient le processus pour désigner un premier ministre «en créant un consensus national et en gouvernant de manière inclusive». Elle a ajouté que les États-Unis rejetaient tout effort pour utiliser la coercition ou la manipulation dans le choix d'un nouveau dirigeant.

Les frappes aériennes américaines ont par ailleurs redonné de l'élan aux forces kurdes combattant les insurgés du groupe appelé État islamique dans le nord et l'ouest de l'Irak.

Les États-Unis ont lancé une quatrième série de raids, dimanche, contre des chars des insurgés et un endroit à partir duquel des tirs de mortier étaient effectués, dans le but de contrer les avancées de l'État islamique et de protéger le personnel américain dans la capitale kurde, Erbil, et ses environs.

Les avions de combat et drones américains ont aussi attaqué des militants tirant sur la minorité yézidie autour de Sinjar, à l'extrême ouest du pays près de la frontière syrienne.

Selon un haut responsable militaire kurde, les Kurdes sont parvenus à reprendre le contrôle de deux localités qui se trouvaient auparavant sous le joug des militants sunnites qui sont parvenus à s'emparer de larges pans de territoire dans le nord de l'Irak.

Le brigadier-général Shirko Fatih a soutenu que les combattants kurdes ont été en mesure de repousser les insurgés de l'État islamique à l'extérieur des villages de Makhmour et al-Gweir situés à environ 45 kilomètres d'Erbil.

Ses troupes signaient ainsi l'une de leurs premières victoires, elles qui, à ce jour, ne cessaient de perdre du terrain.

Dans la capitale kurde, dimanche, le président du gouvernement régional kurde, Massoud Barzani, a indiqué que l'aide militaire américaine avait été efficace jusqu'à maintenant, mais que les miliciens peshmergas avaient besoin de plus de puissance de feu pour vaincre les militants.

La progression des sunnites radicaux a déjà poussé quelque 10 000 personnes à fuir.

De passage à Bagdad, le ministre français des Affaires étrangères, Laurent Fabius, a, quant à lui, affirmé que Paris fournira une aide massive aux nombreux déplacés qui ont fui les zones de combat. M. Fabius s'est aussi rendu à Erbil pour réclamer une union entre les forces politiques irakiennes face à la crise qui s'aggrave.

En point de presse, il a précisé que sa visite visait à stimuler les efforts humanitaires dans le nord de l'Irak où de nombreux membres du peuple minoritaire yézidi ont trouvé refuge dans les montagnes pour échapper aux insurgés islamistes.

«L'heure est à la solidarité», a dit le ministre, qui a appelé les Irakiens à former un «gouvernement de vaste unité nationale pour que tous les Irakiens se sentent représentés et, ensemble, combattent le terrorisme».

Les autorités de la Grande-Bretagne ont, pour leur part, indiqué avoir déjà envoyé du haut des airs des récipients d'eau et des lanternes solaires aux endroits où les déplacés se cacheraient.

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