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Erdogan remporte la présidentielle et asseoit son règne sur la Turquie

10/08/2014 02:40 EDT | Actualisé 10/10/2014 05:12 EDT

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, au pouvoir depuis 2003, a été élu dimanche président de la Turquie pour un mandat de cinq ans qui va prolonger son règne sans partage sur le pays et nourrit déjà les critiques sur sa dérive autoritaire.

Comme le suggéraient les sondages, l'homme fort du pays a largement devancé ses deux adversaires dès le premier tour de ce scrutin disputé pour la première fois au suffrage universel direct, avec près de 52% de suffrages.

Candidat commun de l'opposition social-démocrate et nationaliste, Ekmeleddin Ihsanoglu, un historien réputé de 70 ans qui a dirigé l'Organisation de la coopération islamique (OCI), a réuni près de 39% des suffrages, alors que celui de la minorité kurde, Selahattin Demirtas, en a rassemblé plus de 9%.

Même si elle est loin du raz-de-marée prédit par certains sondages, cette victoire constitue un succès pour M. Erdogan, qui rejoint ainsi le père fondateur de la République laïque, Mustafa Kemal Atatürk, parmi les dirigeants emblématiques du pays.

Grand favori de ce scrutin, le président-élu a déjà fait savoir qu'il conserverait les rênes de la Turquie au poste de président, dont il veut considérablement renforcer les prérogatives au prix d'une réforme de la Constitution.

"Le président élu et le gouvernement élu oeuvreront main dans la main", a-t-il souligné dimanche en glissant son bulletin dans l'urne en famille à Istanbul.

Sitôt connus les résultats définitifs, le Premier ministre s'est symboliquement rendu à mosquée Eyüp Sultan d'Istanbul pour prier, comme le faisaient les sultans avant de monter sur le trône de l'Empire ottoman, ont rapporté les télévisions turques.

"Je remercie tous ceux qui ont oeuvré à ce résultat", a déclaré M. Erdogan à des centaines de partisans réunis devant la mosquée, avant de promettre d'oeuvrer pour "une meilleure démocratie". "Que dieu nous aide dans notre chemin", a-t-il ajouté.

Le chef du gouvernement devait s'exprimer plus longuement dans la soirée depuis le siège de son Parti de la justice et du développement (AKP).

Sans surprise, M. Erdogan a facilement pris le dessus sur ses deux rivaux, au terme d'une campagne qu'il a écrasée de ses diatribes, de la puissance financière de son Parti de la justice et du développement (AKP) et de son emprise sur les médias du pays.

- Campagne "injuste" -

MM. Ihsanoglu et Demirtas ont tous les deux pris acte de leur défaite mais dénoncé la campagne "injuste" ou "disproportionnée" conduite par leur rival .

Toujours populaire malgré les critiques et les scandales, le Premier ministre est, lui, parvenu à mobiliser largement ses troupes.

"J'ai voté pour Erdogan parce que je crois qu'il est le seul dirigeant capable de diriger correctement notre pays", a déclaré à l'AFP Zahide, une infirmière à la retraite de 52 ans, dans un bureau de vote du quartier stambouliote de Sisli. "Il a nourri les pauvres et s'est occupé de nombreux laissés-pour-compte de notre société".

"Je suis là pour qu'Erdogan ne puisse pas être élu", a, à l'inverse, confié à l'AFP Melih Kocak, un médecin de 40 ans, en quittant un isoloir du quartier voisin de Besiktas, "mais, malheureusement, nous savons déjà qu'il sera président".

Paradoxalement, le triomphe attendu de M. Erdogan intervient au terme d'une année politique très difficile pour son camp.

En juin 2013, des millions de Turcs ont dénoncé dans les rues sa dérive autoritaire et islamiste. La sévère répression de cette révolte a sérieusement écorné l'image du régime.

L'hiver dernier, c'est un scandale de corruption sans précédent qui a éclaboussé le pouvoir. M. Erdogan a dénoncé un "complot" de son ex-allié islamiste Fethullah Gülen, avant de purger la police et de museler les réseaux sociaux et la justice.

Mais, même contesté comme jamais, Recep Tayyip Erdogan a remporté les élections locales de mars et reste très populaire dans un pays qu'il a débarrassé de la tutelle de l'armée et dont la majorité religieuse et conservatrice a profité de la forte croissance économique sous son règne.

Fort de ce soutien, M. Erdogan, contraint de quitter le poste de Premier ministre aux législatives de 2015, entend bien conserver les rênes de la Turquie depuis la présidence, pourquoi pas jusqu'en 2023, année du centenaire de la République.

Mais sa volonté annoncée de réformer la Constitution pour renforcer les pouvoirs du chef de l'Etat alimente déjà les critiques sur les risques d'un pouvoir "autocratique", contre lequel l'opposition a promis de lutter pied à pied.

"Pour de nombreuses raisons, la principale difficulté pour Erdogan n'est pas de remporter la présidentielle, mais ce qui va suivre", a estimé l'universitaire Ziya Meral, de l'université britannique de Cambridge. "Son avenir politique dépendra largement de la façon dont il va pouvoir maintenir son pouvoir sur l'AKP".

bur-pa/mr

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