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L'islamo-conservateur Erdogan élu président de Turquie au premier tour

10/08/2014 10:29 EDT | Actualisé 10/08/2014 10:29 EDT
AFP

Le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan s'acheminait dimanche vers une victoire dès le premier tour de l'élection présidentielle qui va prolonger de cinq ans son règne à la tête du pays, malgré les mises en garde de ses adversaires sur sa dérive autoritaire.

Selon des résultats partiels portant sur trois quarts des bulletins exprimés, M. Erdogan a récolté plus de 52% des voix dans ce scrutin disputé pour la première fois au suffrage universel direct, loin devant ses deux rivaux de l'opposition.

Candidat commun de l'opposition social-démocrate et nationaliste, Ekmeleddin Ihsanoglu, un historien réputé de 70 ans qui a dirigé l'Organisation de la coopération islamique (OCI), a réuni quelque 39% des suffrages, alors que celui de la minorité kurde, Selahattin Demirtas, n'en a rassemblé que près de 9%.

Si elle se confirme, cette victoire annoncée constituerait un succès personnel pour le chef du gouvernement, au pouvoir depuis 2003, qui rejoindrait ainsi le père fondateur de la République moderne et laïque, Mustafa Kemal Atatürk, parmi les dirigeants les plus emblématiques du pays.

Grand favori de ce scrutin, M. Erdogan a déjà fait savoir qu'il conserverait les rênes de la Turquie depuis la présidence, dont il veut considérablement renforcer les prérogatives au prix d'une réforme de la Constitution.

"Le président élu et le gouvernement élu oeuvreront main dans la main", a souligné dimanche le chef du gouvernement en glissant son bulletin dans l'urne dans un bureau de vote d'un quartier de la rive asiatique d'Istanbul.

Sans surprise, M. Erdogan a facilement pris le dessus sur ses deux rivaux, au terme d'une campagne qu'il a écrasée de ses diatribes, de la puissance financière de son Parti de la justice et du développement (AKP) et de son emprise sur les médias du pays.

M. Ihsanoglu, qui n'a pu lui opposer que son image de grand père rassurant mais sans relief, a dénoncé dimanche une "campagne injuste et disproportionnée" de son rival mais sans parvenir à susciter le sursaut des "masses silencieuses" qu'il espérait.

Quant au candidat des kurdes, un avocat de 41 ans au sourire photogénique, il n'a pas réussi à mordre au-delà de cette communauté de 15 millions d'âmes.

Toujours populaire malgré les critiques et les scandales, le Premier ministre est, lui, parvenu à mobiliser largement ses troupes.

- "Dérive autocratique ?" -

"J'ai voté pour Erdogan parce que je crois qu'il est le seul dirigeant capable de diriger correctement notre pays", a déclaré à l'AFP Zahide, une infirmière à la retraite de 52 ans, dans un bureau de vote du quartier stambouliote de Sisli. "Il a nourri les pauvres et s'est occupé de nombreux laissés-pour-compte de notre société".

"Je suis là pour qu'Erdogan ne puisse pas être élu", a, à l'inverse, confié à l'AFP Melih Kocak, une médecin de 40 ans, en quittant un isoloir du quartier voisin de Besiktas, "mais, malheureusement, nous savons déjà qu'il sera président".

Paradoxalement, le triomphe attendu de M. Erdogan intervient au terme d'une année politique très difficile pour son camp.

En juin 2013, des millions de Turcs ont dénoncé dans les rues sa dérive autoritaire et islamiste. La sévère répression de cette révolte a sérieusement écorné l'image du régime.

L'hiver dernier, c'est un scandale de corruption sans précédent qui a éclaboussé le pouvoir. M. Erdogan a dénoncé un "complot" de son ex-allié islamiste Fethullah Gülen, avant de purger la police et de museler les réseaux sociaux et la justice.

Mais, même contesté comme jamais, Recep Tayyip Erdogan a remporté les élections locales de mars et reste très populaire dans un pays qu'il a débarrassé de la tutelle de l'armée et dont la majorité religieuse et conservatrice a profité de la forte croissance économique sous son règne.

Fort de ce soutien, M. Erdogan, contraint de quitter le poste de Premier ministre aux législatives de 2015, entend bien conserver les rênes de la Turquie depuis la présidence, pourquoi pas jusqu'en 2023, année du centenaire de la République.

Mais sa volonté annoncée de réformer la Constitution pour renforcer les pouvoirs du chef de l'Etat alimente déjà les critiques sur les risques d'un pouvoir "autocratique", contre laquelle l'opposition a promis de lutter pied à pied.

"Pour de nombreuses raisons, la principale difficulté pour Erdogan n'est pas de remporter la présidentielle, mais ce qui va suivre", a estimé l'universitaire Ziya Meral, de l'université britannique de Cambridge. "Son avenir politique dépendra largement de la façon dontil va pouvoir maintenir son pouvoir sur l'AKP".

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