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L'OMS se penche sur l'aspect éthique de la lutte contre le virus Ebola

09/08/2014 07:42 EDT | Actualisé 09/10/2014 05:12 EDT

TORONTO - Des experts du monde entier vont se lancer, lundi, dans des discussions téléphoniques afin de tenter de défricher une panoplie d'enjeux éthiques liés à l'épidémie de virus Ebola en Afrique de l'Ouest.

Les experts — des éthiciens et des représentants des pays affectés ou impliqués dans la lutte contre l'épidémie — auront ces discussions à la demande de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), qui souhaite un débat sur l'utilisation ou non de thérapies expérimentales contre l'Ebola.

La majorité des options de traitement, dont celui utilisé récemment sur deux travailleurs humanitaires américains, n'ont jamais été testées sur des humains. Les études effectuées sur des primates infectés par l'Ebola offrent les indices les plus importants sur ces médicaments et ces vaccins afin de savoir s'ils pourraient fonctionner sur des humains et s'il est sûr de les utiliser.

Les questions éthiques sont toutefois pointues, particulièrement en ce qui concerne l'utilisation de la petite quantité de doses ou de traitements disponibles — qui est loin d'être suffisante pour avoir un effet notable contre l'épidémie qui a déjà fait presque un millier de victimes. Près de 40 pour cent de tous les décès liés à l'Ebola dans l'histoire ont eu lieu depuis le début de l'actuelle épidémie, qui semble loin d'être terminée.

«Il y a des produits expérimentaux qui n'ont jamais été utilisés sur des humains, sur des personnes volontaires et en santé. De plus, ces produits sont en quantité très, très limitée. Alors, qu'est-ce que l'on fait avec ça?», se demande la docteure Marie-Paule Kieny, sous-directrice générale de l'OMS en systèmes de santé et innovation, en décrivant les dilemmes auxquels fera face le panel d'éthique afin d'aider le travail de l'OMS.

«Bien sûr, ils devraient être utilisés, mais auprès de qui et de quelle façon? Je pense qu'il est pensable que s'ils sont utilisés, ça devrait être fait dans un contexte qui va aussi permettre d'en apprendre le plus possible grâce à leur utilisation.»

Les chercheurs tentent de mettre au point des médicaments et des vaccins contre l'Ebola depuis des années. Mais même les projets les plus prometteurs se sont butés à un problème difficile à résoudre: la seule façon de savoir si un vaccin peut prévenir une infection à l'Ebola ou si un médicament peut combattre ce virus est de l'utiliser pendant une épidémie. L'idée d'utiliser ces médicaments en Afrique, là où il y a peu ou pas de données sur la sécurité humaine, a de quoi faire frissonner bien des gens.

«On doit rassurer les gouvernements et les régulateurs de ces pays en leur rappelant qu'on ne veut pas simplement faire de la recherche sur leurs citoyens», a souligné Mme Kieny.

Le docteur Ross Upshur, ancien directeur du centre conjoint de l'Université de Toronto en bioéthique, croit que l'utilisation de médicaments expérimentaux nécessite de longues réflexions.

«Croyez-moi, je ne suis pas un ami de l'Ebola, a dit M. Upshur, maintenant professeur à l'École de santé publique Dalla Lana de l'Université de Toronto. Cependant, il serait imprudent de prendre tout ce qui est disponible dans les différents laboratoires du monde et de l'injecter dans des gens sans un protocole clair, un consentement informé ou une surveillance réglementée.»

«Nous devons avoir une idée bien claire sur ce sujet parce que cela pourrait aussi servir de précédent.»

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