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Le Brésil est aujourd'hui aux prises avec un regain du VIH

09/08/2014 04:04 EDT | Actualisé 09/10/2014 05:12 EDT

SAO PAULO - La nouvelle dévastatrice n'avait aucun sens pour le Brésilien Pierre Freitaz. Comment était-il possible qu'à 17 ans, il soit infecté par le VIH si son seul petit ami semblait en santé?

Le jeune homme reconnaît qu'il en savait peu sur le virus lorsqu'il a reçu son diagnostic en 2004. Il ne comprenait pas la différence entre l'infection et la maladie qu'elle entraînait, le sida. Il était également confus par l'absence de symptômes évidents.

«On aurait dit que je vivais dans une autre partie du monde, et je me sentais immunisé.»

Si le Brésil a longtemps été considéré comme un modèle mondial de lutte contre le sida, des militants et des responsables affirment que de plus en plus de jeunes ignorent les risques de contracter le VIH, ou ne s'en préoccupent pas. Même si les taux d'infection au VIH ont légèrement diminué ailleurs, le nombre de cas augmente lentement au Brésil, et la plus forte croissance est constatée chez les jeunes de 15 à 24 ans.

«Le nombre augmente. C'est un paradoxe, une honte. Après tout cet argent dépensé sur des traitements et la mise en place d'une politique pour que tous les reçoivent, nous avons des résultats désastreux», affirme le Dr Caio Rosenthal, un spécialiste de Sao Paulo travaillant pour l'Institut Emilio Ribas des maladies infectieuses. Des statistiques onusiennes font état de 44 000 nouvelles infections détectées l'an dernier au Brésil, en hausse par rapport à moins de 40 000 en 2005 — un taux dépassant celui de la croissance de la population. Le ministère de la Santé a indiqué que le nombre d'infections totales avait atteint près de 800 000, soit la moitié des cas de l'ensemble de l'Amérique Latine.

En comparaison, aux États-Unis, le taux de nouvelles infections au VIH a chuté d'un tiers au cours des 10 dernières années, selon une étude publiée le mois dernier dans le journal de l'Association médicale américaine. Il y aurait environ 1,1 million d'Américains infectés par le virus.

Lorsque l'épidémie de sida a éclaté dans les années 1980, les responsables brésiliens ont agi rapidement. Le pays a implanté de vastes campagnes d'éducation sexuelle et est devenu le premier pays en développement à offrir gratuitement des traitements antirétroviraux à grande échelle. Le nombre de décès a chuté et le taux de transmission mère-enfant a lui aussi fortement diminué.

Selon des responsables, la croissance persistante du nombre de cas pourrait en partie être attribuable à de meilleurs systèmes pour surveiller le virus. D'autres blâment l'opposition religieuses aux campagnes d'éducation sexuelle, ou affirment que des jeunes croient erronément que des progrès dans le traitement du sida signifie que le problème appartient au passé.

L'importante Église catholique brésilienne réprouve l'utilisation du condom, mais la plus forte résistance contre les campagnes d'éducation sexuelle provient des chrétiens évangéliques, dont la part de la population est passée de 5 à 22 pour cent entre 1970 et 2010, les transformant en une force politique de plus en plus influente.

Le Dr Dirceu Greco, l'ancien chef du département des infections transmissibles sexuellement, du sida et de l'hépatite virale au ministère de la Santé, affirme que l'opposition des leaders évangéliques a «entraîné d'importants reculs» en matière de politique contre le sida. Un autre ancien leader du programme, le Dr Pedro Chequer, a déploré que des restrictions ont nui aux campagnes ciblant les populations vulnérables comme les gays et les travailleuses du sexe.

Au cours des deux dernières années, par exemple, le gouvernement fédéral a ordonné aux écoles de cesser de distribuer des bandes dessinées et d'autres exemples de documentation ciblant les jeunes avec des histoires encourageant le port du condom pour éviter le VIH et les grossesses prématurées. Des militants déplorent par ailleurs que le gouvernement a mis fin à la diffusion de publicités favorables au port du condom où deux gays se séduisent dans un club tout en discutant de rapports sexuels protégés.

L'actuel responsable du programme de lutte contre le sida, Fabio Mesquita, soutient que les publicités nationales à la télévision sont une chose du passé puisque son équipe étudie des façons de cibler des populations plus jeunes et plus vulnérables via Internet et les téléphones intelligents. Selon lui, la majorité de l'augmentation du nombre de cas est attribuable à une confiance aveugle des jeunes qui n'ont pas vécu l'époque où la maladie était plus mortelle: «La nouvelle génération n'a plus peur de rien, elle estime que tout va bien. Avoir des relations sexuelles sans condom est un risque qu'ils acceptent de prendre.»

Le gouvernement soutient que les dépenses en éducation et en prévention sont en hausse, mais M. Mesquita croit que la lutte contre le VIH doit aller au-delà de l'éducation: «Nous devons cessez de penser aux condoms comme la seule alternative pour éviter l'infection.» Il estime que l'un des moyens serait l'élargissement d'un programme pour donner des antirétroviraux à tous les patients infectés, et ce même s'il n'y a pas encore de signes que le virus a affaibli leurs défenses immunitaires. Des études ont démontré que les séropositifs commençant rapidement à prendre des médicaments ont 96 pour cent moins de chance d'infecter d'autres personnes.

Le Brésil examine également la possibilité d'offrir un médicament quotidien pour protéger ceux qui ne sont pas infectés.

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