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Guerre de 14-18: les Canadiens n'étaient pas tous égaux pour aller se battre

09/08/2014 01:46 EDT | Actualisé 09/10/2014 05:12 EDT

VANCOUVER - Des travaux d'entretien sont en cours sur un cénotaphe de la Première Guerre mondiale dans le parc Stanley, à Vancouver, qui rend honneur aux soldats canado-japonais — un mémorial qui rappelle à la fois leur patriotisme et les préjugés du passé. Plusieurs des personnes honorées par ce monument se sont vu refuser le droit de s'enrôler en Colombie-Britannique au début de la guerre et ont dû se rendre en Alberta, où ils ont rejoint les rangs de l'armée.

Des dizaines d'entre eux sont morts lors des combats en Europe, et peu de temps après la fin de la guerre, le cénotaphe a été construit, et l'on y a gravé les noms des gens ayant combattu.

Le professeur Tim Cook, un historien du Musée canadien de la guerre et un professeur de recherche adjoint de l'Université Carleton, affirme que des Canadiens d'origine africaine ou asiatique, tout comme des membres des Premières Nations, ont subi de la discrimination. «Le Canada n'était pas le pays multiculturel qu'il est aujourd'hui. Il s'agissait plutôt d'une société où les préjugés étaient solidement ancrés.»

Après que la Grande-Bretagne eut déclaré la guerre, le 4 août 1914, la plupart des premières recrues étaient anglo-saxonnes et parlaient anglais, et ceux qui ne correspondaient pas à ces critères étaient simplement renvoyés chez eux, dit M. Cook. Les Premières Nations étaient traitées différemment, poursuit-il, puisqu'elles avaient une réputation de bons tireurs d'élite et d'éclaireurs. Malgré tout, le gouvernement ne savait pas quoi faire des volontaires autochtones, puisqu'il craignait que les Allemands ne fassent pas de quartier sur le champ de bataille aux prisonniers. Durant la guerre, quelque 4000 membres des Premières Nations ont servi sous les drapeaux, précise le professeur.

Environ 60 pour cent des premiers contingents de soldats canadiens étaient nés en Grande-Bretagne, 30 pour cent étaient canadiens, et environ 10 pour cent provenaient d'autres pays, mentionne M. Cook, avant d'ajouter que la plupart des recrues étaient des soldats britanniques ayant servi durant la Guerre des Boers, ou étaient membres d'une milice ou de l'armée de métier.

David Mitsui, d'Edmonton, affirme que son grand-père, Masumi Mitsui, a été rejeté en Colombie-Britannique. «Ils voulaient montrer leur patriotisme envers le Canada. C'était leur pays d'adoption, et ils voulaient montrer qu'ils méritaient d'être traités comme les autres Canadiens.»

M. Mitsui ajoute que son grand-père, né au Japon en 1887, n'a pas baissé les bras, et s'est rendu avec d'autres en Alberta, où ils se sont enrôlés au sein des Highlanders de Calgary en 1916. Ces hommes ont plus tard formé une unité presque entièrement composée de Canadiens d'origine japonaise appelée le 10e bataillon.

Si le mémorial du parc Stanley établit à 190 le nombre de volontaires d'origine japonaise, M. Mitsui soutient que d'autres recherches ont fait passer ce nombre à 225, dont 54 ont perdu la vie durant la guerre. Son grand-père a reçu une médaille pour sa bravoure et est rentré au pays après la guerre, poursuit-il. Il a ensuite fait campagne pour le droit de vote, qu'il avait obtenu en 1931 en tant qu'ancien combattant, bien que les immigrants japonais n'aient pas pu voter avant la fin des années 1940.

De son côté, Russell Grosse, directeur exécutif du Centre culturel des Noirs de Nouvelle-Écosse, dit que les immigrants africains ont aussi été victimes de discrimination dans les centres de recrutement. S'il n'existait pas de politique écrite, M. Grosse stipule que le racisme était répandu.

Malgré tout, des membres de la communauté noire ont formé le Bataillon de construction no 2 le 5 juillet 1916, poursuit M. Grosse, et si ses membres n'ont pas pu combattre, ils ont creusé des tranchées et ont réparé des routes. Cette unité constituée entièrement de volontaires a attiré des centaines d'hommes de Nouvelle-Écosse, de l'Ontario, de l'Ouest canadien, et même des États-Unis.

Eric Levine, secrétaire-trésorier du Musée militaire canado-juif de Toronto, indique pour sa part que les juifs canadiens n'ont pas dû subir le même genre de discrimination. Son organisation possède même une affiche en yiddish destinée à des recrues potentielles vivant à Montréal, dit-il.

Durant la Première Guerre mondiale, 38 pour cent de tous les hommes juifs de plus de 21 ans vivant au Canada ont servi dans la Force expéditionnaire canadienne, mentionne-t-il. Toujours selon M. Levine, bien que les juifs aient fait face à des restrictions au sein de la société canadienne, principalement dans le domaine universitaire, celles-ci n'étaient rien en comparaison des pogroms et du service militaire forcé vécu en Europe.

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