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Festival de Salzbourg: le "Trouvère" de Verdi s'offre une escapade au musée

08/08/2014 10:00 EDT | Actualisé 08/10/2014 05:12 EDT

La première samedi soir du "Trouvère" de Verdi, envoyé au musée par le metteur en scène letton Alvis Hermanis, s'annonce comme l'un des moments forts du Festival de Salzbourg, avec sur scène une pléthore de stars de l'opéra.

C'est l'affiche dont tout le monde parle à Salzbourg depuis plusieurs semaines : une demande de billets cinq fois supérieure à l'offre pour la seule première, six représentations complètes et déjà la promesse de se retrouver au programme du Festival en 2015.

Avec la soprano Anna Netrebko (Leonora), le ténor-baryton Placido Domingo (le Comte de Luna), la mezzo-soprano Marie-Nicole Lemieux (Azucena), et le ténor Francesco Meli (Manrico), ce "Trouvère" propose l'affiche la plus alléchante de cette 94e édition du prestigieux festival autrichien de musique classique.

Le pari est risqué pour un opéra proposé pour la dernière fois dans la ville natale de Mozart en 1963. A l'époque, l'un des plus grands chefs d'orchestre de l'histoire, l'Autrichien Herbert von Karajan, était à la baguette et à la mise en scène.

"L'histoire est sans dessus dessous. Faire une mise en scène d'époque avec cette histoire aujourd'hui, c'est très difficile", explique Marie-Nicole Lemieux par téléphone à l'AFP.

"On doit trouver un chemin pour raconter l'histoire, avec des images que l'on comprend de nos jours", précise Eva Dessecker, costumière qui a travaillé plusieurs fois avec le metteur en scène.

- Rendre le drame palpable -

Alvis Hermanis a décidé de transposer cette histoire dans un musée, "dans la salle de la Renaissance italienne. On se sent au Louvre", détaille la cantatrice québécoise, qui effectue avec le "Trouvère" ses débuts à Salzbourg.

"La musique est du XIXe siècle, l'histoire se déroule au XVe siècle et notre public est du XXIe siècle. En tant que metteur en scène, on doit tenir compte de ces trois perspectives", justifie ainsi Hermanis au cours d'une conférence de presse.

Il "donne une très grande liberté", affirme Marie-Nicole Lemieux. "Je suis bien avec lui, car c'est quelqu'un qui laisse le chanteur explorer beaucoup. Il donne un cadre extérieur très précis, mais là-dedans, il nous laisse libre", ajoute-elle.

Le musée imaginé par Hermanis est vivant et les tableaux sont hantés par les personnages de Verdi. Au fur et à mesure que le drame se met en place - une mère qui immole son enfant, une gitane brûlée pour sorcellerie et l'affrontement mortel de deux frères - le musée se vide progressivement des tableaux.

Cette mise en scène est exigeante pour les artistes, dont les talents d'acteurs sont autant sollicités que leur art de chanteurs.

"Sur scène, on doit rendre le drame palpable. Pour la sensation, le jeu d'acteur est tout aussi important que la musique et la qualité du chant", confirme devant les journalistes Placido Domingo, qui avait débuté à Salzbourg il y a 39 ans, dans "Don Carlo" de Verdi.

"Le Trouvère", l'un des plus opéras les plus sombres de Verdi, combine "des passages lyriques, tragiques, héroïques et même légers", lance Anna Netrebko.

"Celui qui ne veut qu'une musique visuelle ne sera pas satisfait. La musique et la mise en scène ne doivent pas être en concurrence, mais se soutenir mutuellement", a prévenu le metteur en scène à l'attention du public salzbourgeois, dans une récente interview à l'agence de presse autrichienne APA.

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