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Pneus en feu et pavés qui volent : le Maïdan de Kiev renoue avec les tensions

07/08/2014 10:20 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

Une épaisse fumée noire s'élève d'un tas de pneus en feu et des pavés volent vers les forces de l'ordre : le Maïdan de Kiev a de nouveau jeudi été le théâtre de tensions lorsque les autorités ont tenté d'en déloger les protestataires.

"C'est une trahison !", hurle Lidia après des heurts entre manifestants et police qui ont laissé derrière eux une atmosphère électrique dans le centre de la capitale ukrainienne.

La désormais mythique place de l'Indépendance reste occupée par une partie des contestataires qui ont obtenu il y a six mois, à l'issue d'un bain de sang, le départ du président Viktor Ianoukovitch.

L'avenir de ce site fait l'objet d'un débat acharné entre d'un côté ceux qui y voient un sanctuaire inviolable et le garant des idéaux du mouvement de contestation de l'hiver dernier, et de l'autre ceux qui pensent que le centre de Kiev doit retrouver une vie normale et que le combat se situe dans l'Est.

Ces désaccords sont apparus au grand jour jeudi lorsque des troupes du ministère de l'Intérieur (alimentées en partie en hommes par d'anciens contestataires) ont escorté des employés municipaux et des bulldozers chargés de nettoyer une partie du campement.

"Ils sont venus des deux côtés et ont essayé de démonter les tentes et le reste", proteste Andriï, une barre de fer à la main. "Ils ne veulent plus de nous, mais nous ne sommes pas prêts à partir".

Résultat : des dizaines de manifestants se sont opposés aux forces de l'ordre, ce qui a donné lieu à des scènes rappelant les heurts passés, sauf que la chaleur a remplacé les températures bien en-dessous de zéro d'il y a six mois.

Des tas de pneus ont été enflammés, des pavés ont été jetés vers les bataillons policiers protégés par leurs boucliers métalliques. Des manifestants se sont retrouvés le visage en sang.

Assistant à la scène pendant que les occupants de la place ont entonné l'hymne ukrainien, les employés communaux en gilet orange fluo ont observé la scène, l'air désemparé.

"Quels idiots !", a soupiré une employée de la voirie. "On nous dit de venir nettoyer et eux ils nous arrêtent et ils mettent le feu".

- "Ce Maïdan n'est plus ce qu'il était" -

Depuis la chute de Viktor Ianoukovitch, le campement du Maïdan s'est peu à peu réduit. Une partie des manifestants sont repartis au travail. D'autres sont allés combattre les séparatistes dans l'Est.

Au fil des semaines, l'ambiance s'est assombrie, avec des bagarres entre militants alcoolisés, voire des fusillades.

Face à une défiance grandissante de la population et à la pression de la mairie désormais dirigée par l'ex-boxeur Vitali Klitschko, les irréductibles de la place de l'Indépendance ont cédé du terrain. Les lieux ont été en partie nettoyés, les terrasses improvisées appréciées des habitants de Kiev pendant l'été se sont multipliées, avec leurs vendeurs de souvenirs patriotiques (drapeaux ukrainiens, t-shirts antiPoutine, etc.).

"Ce Maïdan n'est plus ce qu'il était en février : seuls ceux qui n'ont plus d'espoir sont restés", constate Serguiï, un retraité, qui se dit néanmoins choqué de l'intervention des forces de l'ordre. "Nous avons déjà la guerre dans l'Est, nous n'avons pas besoin d'une guerre à Kiev".

Vitali Klitschko, qui était l'une des figures de proue de la contestation du Maïdan, a assuré que les autorités avaient tenté de négocier avec les contestataires.

"La majorité de la population de Kiev veut l'ordre et la sécurité dans le centre de Kiev et ce qui se passe ici relève de la criminalité", a-t-il estimé dans un communiqué jeudi.

"Les exigences de Maïdan ont été remplies", a-t-il ajouté. "Maintenant, nous devons nous mettre au travail et ne pas couvrir de honte les idéaux du Maïdan".

Pour ses occupants cependant, la place reste un symbole puissant de la volonté du peuple et une terre sacrée où sont morts environ 100 manifestants, dont les photos restent affichées.

"Nous devons traîner ici les responsables qui y ont tué des gens et volé notre argent, et les juger", estime Mykola. "Nous n'avons pas fini ce que nous avons commencé et les autorités ont peur".

del-gmo/bds

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