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Oscar Pistorius pris au piège de ses propres mensonges, selon le procureur

07/08/2014 06:21 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT
Pool via Getty Images
PRETORIA, SOUTH AFRICA - JULY 3: Oscar Pistorius sits in the dock at the Pretoria High Court on July 7, 2014, in Pretoria, South Africa. Oscar Pistorius stands accused of the murder of his girlfriend, Reeva Steenkamp, on February 14, 2013. This is Pistorius' official trial, the result of which will determine the paralympian athlete's fate. (Photo by Antoine de Ras/Gallo Image/Pool/Getty Images)

Le procureur Gerrie Nel s'est employé jeudi à mettre en lumière les "mensonges et contradictions" dans la version donnée par Oscar Pistorius, qu'il accuse d'avoir sciemment abattu sa petite amie Reeva Steenkamp en février 2013, au 40e et avant-dernier jour d'un procès fleuve débuté le 3 mars.

"Si elle rejette la fausse version inventée par l'accusée, la cour n'aura pas d'autre choix que d'admettre que l'accusé savait que la victime était dans les toilettes, et a tiré quatre fois intentionnellement sur elle dans le but de la tuer", a notamment noté Gerrie Nel dans la version écrite de son réquisitoire, distribuée jeudi à la presse.

"Il n'y avait que deux personnes dans la maison. L'une a été tuée et l'autre a survécu" en ce matin du 14 février 2013, a-t-il rappelé à l'audience. Selon le parquet, Reeva se serait réfugiée dans les toilettes pour fuir la colère de son ami, avant qu'il ne l'abatte en tirant quatre balles surpuissantes à travers la porte.

Reprenant l'ensemble des témoignages, y compris celui du champion paralympique sud-africain, le procureur a dessiné à l'audience ce qu'il a appelé "une mosaïque de faits" concordants, tentant de démontrer que chaque mensonge de Pistorius avait "un effet domino", et l'avait obligé à reconstruire sa version pour rester cohérent.

"Selon sa propre version", a tonné Gerrie Nel à l'audience, "l'accusé a agit de manière tellement irrationnelle que sa version ne peut pas être retenue comme raisonnablement vraie".

Et d'énumérer "les 13 mensonges les plus flagrants" dans le témoignage de Pistorius. Le premier étant son mode de défense lui-même: après avoir longtemps soutenu qu'il avait entendu du bruit dans les toilettes, et tiré dans un geste d'auto-défense, croyant à la présence de cambrioleurs, il a ensuite tenté d'expliquer qu'il avait tiré sans intention de le faire, dans la panique, plaidant la thèse d'un accident.

"Auto-défense ou acte par réflexe, sans s'en rendre compte? Ca n'est pas conciliable!", a lancé le procureur. "Nous n'avons pas eu de coups de feu dans tous les sens. (...) Nous avons un tir bien groupé", a-t-il relevé.

"Pistorius a aggravé son cas"

"Si la Cour rejette la version des événements de l'accusé et s'en tient aux faits objectifs et aux preuves circonstanciées, une condamnation pour meurtre intentionnel est inévitable", écrit-il.

En fait, a martelé Gerrie Nel, le récit fait par Pistorius lui-même aggrave son cas, car il n'aurait pas vérifié la présence de Reeva Steenkamp dans le lit avant de tirer, et se serait volontairement dirigé vers la porte fermée des toilettes, là même où se trouvait le danger, selon lui.

"Un comportement normal voudrait qu'il ait parlé avec sa partenaire de ces bruits inquiétants, et spécialement s'il se sentait la responsabilité de la protéger. Au minimum on regarde si elle est là et on s'assure qu'elle est saine et sauve", a argumenté le procureur.

"La version de l'accusé, disant qu'il s'est approché du danger sans avoir eu d'échange avec sa victime, est non seulement improbable, mais en réalité désastreuse pour sa défense. Aucune cour n'acceptera favorablement la version d'un accusé qui s'est délibérément mis en danger et qui ensuite a agi en position d'auto-défense."

Parmi les contradictions, Gerrie Nel a retenu le fait que Pistorius, dans sa toute première version, affirmait n'avoir pas parlé à Reeva Steenkamp avant de se diriger vers les toilettes. Pour modifier ensuite son témoignage, et affirmé qu'il lui avait parlé "doucement", sans toutefois recevoir de réponse. Et pour cause, puisqu'elle était à ce moment là dans les toilettes.

Pour le procureur, même si la juge devait accepter la version de la méprise, Pistorius devrait de toute façon être condamné pour meurtre, puisqu'il a tiré sur ce qu'il pensait être un être humain alors qu'il n'était aucunement menacé.

Gerrie Nel devant en finir avant la fin de la journée. La parole reviendra à la défense, vendredi, avec la plaidoirie de l'avocat Barry Roux.

La juge Thokozile Masipa rendra son verdict à une date ultérieure, après une éventuelle négociation de la peine, mettant fin à un long feuilleton télévisé qui passionne --et divise-- les Sud-Africains depuis le 3 mars.

Oscar Pistorius risque une peine incompressible de vingt-cinq ans de prison s'il est reconnu coupable d'assassinat.

sf-cpb/liu/thm

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