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Irak: l'ONU soutient Bagdad, Washington envisage une aide aux minorités menacées

07/08/2014 08:10 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

Le Conseil de sécurité de l'ONU, "scandalisé" par l'avancée des jihadistes dans le nord de l'Irak, a apporté jeudi son soutien à Bagdad dans sa lutte contre l'Etat islamique, alors que Washington envisage de venir en aide aux minorités menacées.

Face à l'avancée des extrémistes sunnites de l'Etat islamique (EI), des dizaines de milliers de chrétiens et de Yazidis ont été poussés à fuir.

L'EI a notamment pris Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak.

Les jihadistes se sont aussi emparés de la région de Sinjar, bastion de la minorité yazidie, une communauté kurdophone pré-islamique considérée par les jihadistes comme "adoratrice du diable".

Des dizaines de milliers de personnes ont fui et se retrouvent piégées, sans eau ni nourriture, dans les montagnes désertiques environnantes.

La Maison Blanche a dénoncé une situation "proche de la catastrophe humanitaire" et le président Barack Obama pourrait annoncer des frappes aériennes ou des parachutages d'aide, selon le New York Times.

Selon CNN, ces largages humanitaires sont en cours, mais le Pentagone a refusé de confirmer cette information.

Un responsable de la force kurde des peshmergas a affirmé que des avions de chasse américains avaient déjà bombardé des cibles jihadistes dans deux zones du Nord de l'Irak. Mais l'information a été catégoriquement démentie par le porte-parole du Pentagone, le contre-amiral John Kirby.

Réuni pour des consultations d'urgence à New York, le Conseil de sécurité de l'ONU a invité "la communauté internationale à soutenir le gouvernement et le peuple d'Irak et à faire tout ce qui est possible pour aider à soulager les souffrances de la population".

Les 15 pays membres se déclarent "scandalisés" par le sort des milliers de Yazidis et de chrétiens chassés par l'Etat islamique.

Selon le patriarche chaldéen Louis Sako, 100.000 chrétiens ont été poussés sur les routes "avec rien d'autre que leurs vêtements sur eux" après la prise de Qaraqosh et d'autres villes de la région de Mossoul (nord).

"Nous lançons un appel avec beaucoup de douleur (...) au Conseil de sécurité de l'ONU, à l'Union européenne et aux organisations humanitaires, pour qu'ils aident ces gens en danger de mort", a insisté le patriarche, qui redoute un "génocide".

A Rome, le pape François a lancé un appel urgent à la communauté internationale pour "protéger" les populations en fuite dans le nord de l'Irak.

La France a déclaré être prête à "apporter un soutien aux forces engagées dans" le combat contre les jihadistes en Irak, sans en préciser la nature.

-Sans eau ni nourriture-

A Qaraqosh, située entre Mossoul, la deuxième ville du pays tenue par l'EI, et Erbil, la capitale de la région autonome du Kurdistan, les jihadistes ont pris position dans la nuit après le retrait des forces kurdes.

Ce nouvel exode dépasse largement par son ampleur celui des chrétiens chassés de Mossoul en juillet, alors que la communauté chrétienne d'Irak a plus que diminué de moitié depuis 2003.

Dans un communiqué, l'EI a salué "une nouvelle libération dans la province de Ninive (dont Mossoul est la capitale), qui servira de leçon aux Kurdes profanes".

Avec cette poussée de l'EI, les jihadistes ne sont plus qu'à 40 km d'Erbil.

Menés par l'EI, déjà bien implanté en Syrie, des insurgés sunnites ont lancé en juin une offensive fulgurante dans le nord de l'Irak, s'emparant de vastes pans de territoire.

A la faveur de la déroute de l'armée, les forces kurdes, de loin les mieux entraînées et organisées du pays, ont pris position hors de leurs frontières, élargissant officieusement le Kurdistan de 40%. Mais depuis fin juillet, elles reculent.

Jeudi, les peshmergas ont cependant assuré avoir repoussé une attaque contre le barrage de Mossoul, qui permet de contrôler l'accès à l'eau et à l'électricité dans toute la région.

Et les forces kurdes se sont unies à l'armée irakienne et aux milices chiites pour mener une opération conjointe destinée à libérer Amerli, une ville turcomane assiégée depuis près de deux mois par les jihadistes à 160 km au nord de Bagdad.

Parmi les plus récentes conquêtes de l'EI figure la région de Sinjar, bastion de la minorité yazidie.

Les populations chassées se retrouvent piégées, sans eau ni nourriture, dans les montagnes désertiques environnantes.

"Nous sommes épuisés parce que nous mourons de faim", a dit à l'AFP par téléphone un Yazidi réfugié dans les montagnes. "Il n'y a rien ici".

Plusieurs responsables politiques et organisations internationales ont fait état de centaines de civils disparus depuis l'arrivée des jihadistes, connus pour leur exactions, et de dizaines d'enfants morts de soif dans les montagnes.

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