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Ebola: il faut autoriser les traitements expérimentaux en Afrique (Pr Piot)

07/08/2014 10:24 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

Les traitements expérimentaux contre la fièvre hémorragique Ebola doivent être autorisés en Afrique "maintenant", soutient le professeur belge Peter Piot, codécouvreur du virus en 1976, qui a appelé l'Organisation mondiale de la santé (OMS) à établir de nouvelles règles face à l'épidémie.

"C'est maintenant qu'il faut faire bouger les choses et autoriser les traitements expérimentaux en Afrique. Jusqu'à l'administration d'un médicament non encore testé chez l'homme, le ZMapp, aux deux humanitaires américains, on ne parlait que de prévention et pas des produits en développement", constate le Pr Piot, directeur de la London school of hygiene and tropical medicine (LSHTM) et codécouvreur du virus Ebola en 1976, dans un entretien publié jeudi par le quotidien Le Monde.

L'OMS a annoncé mercredi qu'elle allait saisir un groupe d'experts sur les questions d'éthique soulevées par l'usage éventuel d'un traitement expérimental contre le virus Ebola, le ZMapp, après avoir été interpellée par trois spécialistes reconnus des maladies infectieuses, les Pr Piot et David Heymann (LSHTM, ancien responsable de l'OMS) et Jeremy Farrar (université d'Oxford).

"Cette épidémie va durer sans doute plusieurs mois. Si elle se déroulait en Europe, le débat sur l'usage +compassionnel+ de traitements n'ayant pas encore été complètement validés aurait déjà été ouvert. Nous y avons eu recours par le passé", note le Pr Piot.

"Une fois l'épidémie terminée, il n'y aura plus d'efforts d'investissement dans la recherche sur les traitements et les vaccins" et à la prochaine épidémie, "rien ne se sera passé". "Après celle de 1976, l'OMS avait affirmé vouloir mettre sur pied une équipe d'intervention internationale. L'initiative est restée lettre morte", observe l'expert belge, ancien patron de l'Onusida.

Il relève par ailleurs que l'expérience de ce type du traitement (les anticorps monoclonaux testés sur les deux Américains) montre en général qu'il n'y a pas d'effet indésirable majeur. "L'OMS devrait établir des règles dans ce domaine", ajoute-t-il.

Sur le plan éthique, il relève "une tension complexe entre une position où ces traitements ne seraient donnés qu'aux personnels médicaux blancs mais pas aux Africains, et une expérimentation chez des personnes ne possédant pas une bonne compréhension de la manière dont se déroulent des essais cliniques".

"Il est clair qu'il n'y a pas de marché solvable", poursuit-il. Au final, selon lui, ces produits devront "être fournis gratuitement, car les prochaines flambées épidémiques d'Ebola auront encore lieu dans des pays pauvres".

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