NOUVELLES

Chine: un important défenseur des droits de la personne est libéré de prison

07/08/2014 05:26 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

PÉKIN, Chine - L'un des défenseurs des droits de la personne les plus connus en Chine, Gao Zhisheng, également un fervent détracteur du gouvernement de Pékin, et dont les témoignages de torture ont suscité la colère de la communauté internationale, a été libéré de prison, jeudi, mais semblait demeurer sous haute surveillance de la part des autorités.

Les États-Unis ont pressé la Chine de permettre à l'avocat de se rendre en territoire américain pour y être réuni avec sa famille, s'il le souhaite — sa femme vit à San Francisco.

M. Gao a quitté sa prison située dans le comté éloigné de Shaya (extrême-ouest) en compagnie de son frère qui s'y était rendu pour l'accueillir, selon le militant et ami pékinois Hu Jia, qui a discuté avec le frère en question par téléphone.

Les deux hommes semblaient accompagnés par des responsables qui empêchaient l'avocat de s'exprimer librement, a précisé M. Hu.

Avant son emprisonnement, M. Gao était un ardent militant pour les droits de la personne, admiré pour sa défense audacieuse des membres du mouvement spirituel interdit Falun Gong, ainsi que d'agriculteurs aux prises avec des différends territoriaux. Il était en nomination pour le prix Nobel de la paix en 2008.

Plus tard, jeudi, M. Gao est arrivé dans la ville d'Urumqi en compagnie de son frère, et a été emmené à la maison de sa belle-soeur, a confié l'épouse du dissident à l'Associated Press. Celle-ci a d'ailleurs pu lui parler pour la première fois en quatre ans. Mais, a-t-elle précisé, il était évident que des agents étaient présents.

«Je lui ai demandé comment était sa santé, et tout ce qu'il a pu dire est 'Mes dents sont en mauvais état'», a dit Mme Geng.

Selon cette dernière, sa soeur lui aurait dit qu'une demi-douzaine de dents de M. Gao risquaient de se déchausser, et qu'il devait utiliser ses mains pour déchirer les pains servis aux prisonniers. «Pouvez-vous imaginer les mauvais traitements dont il a été victime?», a-t-elle demandé.

Par le passé, M. Gao a fait état de mauvais traitements s'apparentant à de la torture, incluant des chocs électriques sur ses parties génitales, des cigarettes enfoncées dans ses yeux, et plusieurs raclées.

Freedom Now, qui a offert des services de représentation judiciaire à M. Gao depuis 2010, a cité la femme de l'avocat, qui dit «profondément craindre qu'il ait été gravement torturé en prison».

À Washington, la porte-parole du département d'État Marie Harf a salué la libération de M. Gao à la fin de sa peine, avant de demander à Pékin de libérer tous les autres prisonniers politiques et de conscience, et de respecter ses engagements en matière de droits de la personne.

La libération de M. Gao et le fait qu'il puisse retrouver ses proches marque un éventuel moment charnière pour lui, après n'avoir eu droit qu'à deux visites au cours des trois dernières années. Sa femme et ses deux enfants ont fui vers les États-Unis en 2009, craignant pour leur sécurité, et ont été acceptés comme réfugiés. Des militants et d'autres avocats des droits de la personne disent toutefois douter que les autorités offrent des libertés de base à M. Gao, toujours considéré comme un mentor dans la petite communauté chinoise des avocats défendant les droits de la personne.

Reconnu coupable de subversion en 2006 et condamné à trois ans de prison, il a été libéré sous conditions avant d'être enlevé par des agents de la sécurité nationale, en 2009, lors de la première de ses disparitions forcées ayant déclenché l'indignation de la communauté internationale. En 2011, il a été emprisonné à nouveau pour avoir violé les termes de sa probation, selon les médias d'État.

PLUS:pc