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Argentine: la présidente des Grands-mères de la Place de Mai serre dans ses bras son petit-fils disparu

07/08/2014 05:49 EDT | Actualisé 07/10/2014 05:12 EDT

Après 36 ans de recherches inlassables, Estela Carlotto, figure historique des Grands-mères de la Place de Mai, a pu serrer mercredi dans ses bras son petit-fils disparu pendant la dictature militaire en Argentine et qu'elle n'avait jamais vu.

Estela Carlotto a enfin pu rencontrer son petit-fils Guido dont elle avait retrouvé la trace mardi, a annoncé l'association des Grands-mères de la place de Mai dont elle est l'emblématique présidente, ayant parcouru le monde comme ambassadrice de la cause.

"C'est dans la joie que Guido Montoya Carlotto a pu embrasser sa famille qui l'a cherché sans discontinuer et inlassablement pendant 36 ans", a indiqué dans un communiqué l'association, sans fournir de détail sur ces retrouvailles à huis clos.

C'était "une rencontre intime mercredi soir dans la ville de La Plata", à 60 km au sud de la capitale, où réside Mme Carlotto, a précisé l'association, demandant le "respect de l'intimité" de la famille.

"Je ne voulais pas mourir avant de le serrer dans mes bras", avait déclaré à la presse la militante de 83 ans, qui a ému le pays tout entier. "J'ai encore l'impression d'être dans un rêve", a ajouté mercredi Mme Carlotto dont la photo s'étalait en Une de tous les journaux.

Doutant de ses origines, Guido - élevé sous l'identité d'Ignacio Hurban mais recherché sous le nom de Guido Carlotto -- s'était soumis à la mi-juillet à des tests ADN qui ont prouvé qu'il était bien le petit-fils biologique de Mme Carlotto.

Il est le 114e jeune Argentin retrouvé grâce au travail minutieux de l'association qui cherche toujours la trace de quelque 400 autres personnes enlevées sous la dictature (1976-1983).

- 'Le portrait de son père' -

La présidente argentine Cristina Kirchner, le pape d'origine argentine François, et les stars du football Diego Maradona et Lionel Messi ont exprimé leur émotion face à ces retrouvailles.

"Aujourd'hui l'Argentine est un pays un peu plus juste qu'hier", s'est félicitée la présidente dont le mari, Nestor Kirchner, avait fait de la poursuite des violations des droits de l'Homme une priorité de sa propre présidence (2003-2007).

Le pape François a de son côté accueilli avec "beaucoup d'émotion" l'annonce de ces retrouvailles, a indiqué un porte-parole cité par l'agence Telam.

D'après le récit d'un compagnon de détention de la mère du jeune homme, Laura Carlotto, membre de la guérilla des Montoneros, avait baptisé son fils Guido après l'avoir mis au au monde le 26 juin 1978, alors qu'elle était emprisonnée sous la dictature.

Elle fut finalement torturée et exécutée d'une balle dans la tête. Sa dépouille avait été remise à sa mère. Le père de Guido, Walmis Oscar Montoya, également un Montonero, a lui aussi été assassiné sous le régime militaire peu après la naissance de Guido.

"C'est le portrait craché de son père, on ne peut nier le fait qu'il est le fils de mon (propre) fils", a déclaré Hortensia Ardua, l'autre grand-mère de Guido, âgée de 91 ans, à la radio Red, depuis la province de Santa Cruz, en Patagonie.

Le jeune homme est aujourd'hui un musicien de jazz de 36 ans. Après un premier contact téléphonique mardi avec sa famille biologique, il avait demandé un peu de temps pour réaliser, avant de la rencontrer.

Il avait été enlevé après sa naissance par un membre des forces armées, qui l'avait ensuite confié à une famille.

S'il a fait des tests ADN, c'est poussé par un pressentiment et non par un fait concret, a expliqué l'un de ses amis au quotidien La Nacion. Guido, résident d'Olavarria, à 350 km au sud-ouest de Buenos Aires, avait dédié l'une de ses compositions, "Para la Memoria", aux disparus en Argentine.

Les Grands-mères de la Place de mai estiment que 500 bébés d'opposants politiques enlevés à leur mère ou nés en captivité ont été adoptés par des dignitaires du régime militaire qui a fait 30.000 morts ou disparus.

Nombre de ces enfants ont été élevés par des parents qu'ils pensaient être leurs géniteurs.

L'ancien dictateur argentin Jorge Videla (1976-1981) a été condamné en 2012 à 50 ans de prison pour vols de bébés d'opposants sous la dictature. Il est mort en détention en 2013.

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