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Le Cambodge attend le premier verdict emblématique du régime khmer rouge

06/08/2014 10:20 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT

Le tribunal de Phnom Penh parrainé par l'ONU rend jeudi un premier verdict historique contre les deux plus hauts dirigeants khmers rouges encore vivants, trente-cinq ans après la chute d'un régime qui a fait quelque deux millions de morts au Cambodge entre 1975 et 1979.

L'audience de lecture du jugement a commencé à 09H00 (02H00 GMT) en présence des deux accusés: l'idéologue du régime Nuon Chea, 88 ans, caché derrière ses habituelles lunettes noires, et le chef de l'Etat du "Kampuchéa démocratique" Khieu Samphan, 83 ans, contre lesquels l'accusation a réclamé la perpétuité.

Les deux octogénaires, poursuivis pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre, comparaissent depuis 2011 devant le tribunal, mais pour tenter d'obtenir au moins un verdict avant leur mort, la procédure complexe a été découpée.

Le jugement de jeudi concerne le premier "mini-procès" qui s'est concentré sur les crimes contre l'humanité constitués par l'une des plus grandes migrations forcées de l'Histoire moderne.

Après leur prise du pouvoir en avril 1975, les Khmers rouges ont en effet vidé les villes du pays, en application d'une utopie marxiste délirante visant à créer une société agraire, sans monnaie ni citadins.

Yim Sovann, 54 ans, fait partie des quelque deux millions d'habitants de Phnom Penh forcés en quelques jours d'évacuer la capitale, pour rejoindre un camp de travail à la campagne. "La nuit, nous avions l'ordre de creuser des canaux d'irrigation. Parfois, on me faisait travailler dans les rizières jusqu'à minuit", se rappelle celle qui était alors adolescente.

Comme beaucoup de Cambodgiens, elle a perdu plusieurs membres de sa famille sous les Khmers rouges, notamment son père, ancien agent secret, exécuté, et sa petite soeur, disparue après avoir été accusée d'avoir volé une poignée de riz.

- Tourner la page -

Beaucoup espèrent que le verdict de jeudi permettra de commencer à tourner la page sur un chapitre traumatisant de l'Histoire du pays.

"Même si le verdict ne peut pas totalement soigner les blessures morales des victimes, elles seront en quelque sorte apaisées", a ainsi estimé Chea Leang, co-procureur du tribunal.

La magistrate cambodgienne et son collègue international avaient requis en octobre, à l'issue de deux années d'audiences, l'emprisonnement à vie contre les deux accusés, soit la peine maximale prévue par le tribunal qui a exclu dès sa création la peine de mort.

Les deux octogénaires, arrêtés en 2007, ont eux nié toutes les accusations retenues contre eux, assurant n'être pas responsables des atrocités d'un régime qui a conduit à la mort d'un quart de la population du pays, d'épuisement, de maladie, sous la torture ou au gré des exécutions.

A l'ouverture symbolique du procès en juin 2011, avant son découpage, quatre anciens responsables étaient dans le box des accusés.

Mais la ministre des Affaires sociales du régime Ieng Thirith, considérée inapte à être jugée pour cause de démence, a été libérée en 2012. Son mari Ieng Sary, ancien ministre des Affaires étrangères, est décédé l'an dernier à 87 ans.

Le tribunal, critiqué pour ses lenteurs, n'a rendu jusqu'à présent qu'un verdict, contre Douch, de son vrai nom Kaing Guek Eav, chef de la prison de Phnom Penh S-21, ou Tuol Sleng, où 15.000 personnes ont été torturées avant d'être exécutées en dehors de la ville. Il a été condamné en appel en 2012 à la prison à perpétuité.

Le deuxième procès de Nuon Chea et Khieu Samphan s'est ouvert fin juillet. Il doit couvrir les accusations de génocide --qui concernent uniquement les Vietnamiens et la minorité musulmane des Chams--, les mariages forcés et les viols commis dans ce cadre, ainsi que les crimes commis dans plusieurs camps de travail et prisons, dont S-21.

Pol Pot, le "frère numéro un", est mort en 1998 sans avoir été jugé.

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