POLITIQUE

Canadiens soupçonnés d'espionnage en Chine: le fils du couple appelle Ottawa à réagir

06/08/2014 02:01 EDT | Actualisé 06/10/2014 05:12 EDT
Garratt Family Photo

Le fils d'un couple de Canadiens objet d'une enquête des autorités chinoises et soupçonné d'espionnage a appelé mercredi Ottawa à réagir pour éviter l'inculpation de ses parents.

Kevin Garratt et Julia Dawn Garratt "sont soupçonnés d'avoir collecté et volé des informations confidentielles concernant, entre autres, des objectifs militaires de la Chine et des programmes de recherche importants de la Défense nationale", a indiqué mercredi le ministère chinois des Affaires étrangères.

De telles activités "portent atteinte à la sécurité de la Chine", a-t-il ajouté, dans un communiqué télécopié à l'AFP.

Présent en Chine depuis 1984, le couple canadien tenait depuis sept ans un café à Dandong, localité de la province du Liaoning (nord-est) à la frontière entre la Chine et la Corée du Nord.

"J'espère sincèrement que le gouvernement canadien pourra mobiliser des ressources sur cette affaire et fera son possible pour résoudre au plus vite la situation", a déclaré à l'AFP Simeon Garratt, fils des deux Canadiens.

"Je pense que plus ça va durer, et plus (les conséquences) seront exponentiellement sérieuses pour mes parents", a-t-il ajouté, dans un entretien téléphonique depuis Vancouver.

Il a par ailleurs indiqué que son frère Peter, lequel étudie actuellement en Chine, avait été appelé par les autorités de Dandong: celles-ci l'ont informé que ses parents étaient détenus, dans un lieu non identifié.

L'ambassade du Canada à Pékin a indiqué à l'AFP qu'elle "suivait attentivement les développements" de la situation.

Leur café, baptisé "Peter's Coffee House", domine le fleuve Yalou séparant Chine et Corée du Nord, ainsi que le Pont de l'Amitié établi entre les deux pays.

Le "T" dans son enseigne figure un crucifix sur un fond coloré évoquant un vitrail.

Militants chrétiens actifs, Kevin et Julia Garratt ont été engagés dans l'envoi à titre humanitaire de provisions à des populations nord-coréennes, a précisé leur fils Simeon.

Dans une allocution prononcée en novembre dernier devant une congrégation de l'ouest canadien, et dont l'AFP a pu écouter l'enregistrement, Kevin Garratt expliquait que lui et son épouse apportaient leur soutien à des chrétiens nord-coréens, ces derniers retournant ensuite dans leur pays pour "prêcher l'Évangile".

Ce fichier audio, consulté mardi sur le site internet de l'Église canadienne Terra Nova, n'y était plus accessible mercredi.

La région de Dandong est considérée par la Chine comme une zone militairement sensible; le pont qui s'y trouve est une voie de communication cruciale pour le régime de Pyongyang, dont Pékin reste le principal allié et soutien économique.

La définition des "secrets d'Etat" est extrêmement large en Chine. D'un autre côté, le prosélytisme religieux est très sévèrement puni par la Corée du nord.

Le cas des Garratt faisait mercredi l'objet d'un très long article en une de l'édition chinoise du Global Times, un quotidien au ton nationaliste étroitement lié au Parti communiste.

"Un couple +d'espions+ canadiens alimente les spéculations", titrait l'article, qui indiquait que les Garratt "étaient très fréquemment en contact avec des reporters occidentaux".

Dans un éditorial publié dans son édition en anglais, le Global Times estimait par ailleurs que cette affaire pourrait permettre de "rectifier l'impression" que la Chine est plus active que d'autres pays dans les activités d'espionnage et d'infiltration.

Pékin "dispose de suffisamment de preuves que des agences de renseignement étrangères sont engagées dans un nombre important d'opérations d'espionnage en Chine", a assuré le journal d'Etat.

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