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Turquie: nouvelle vague d'arrestations de policiers dans l'affaire des écoutes (médias)

05/08/2014 04:14 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

Les autorités turques ont interpellé mardi plusieurs dizaines de policiers accusés d'écoutes illégales de conversations téléphoniques du Premier ministre Recep Tayyip Erdogan et de son entourage, à cinq jours de l'élection présidentielle.

Un total de 33 policiers ont été arrêtés dans 14 provinces du pays dans le cadre de cette opération visant les membres de la police et de la magistrature soupçonnés de constituer un "Etat parallèle" hostile à l'actuel gouvernement du Premier ministre islamo-conservateur Recep Tayyip Erdogan.

Ce nouveau coup de filet a débuté mardi à l'aube à Istanbul et s'est poursuivi dans la matinée, notamment dans le sud-est turc à majorité kurde et sa "capitale" Diyarbakir, a précisé la chaîne d'information en continu NTV.

Il intervient à moins d'une semaine du premier tour, dimanche, de l'élection présidentielle, disputée pour la première fois au suffrage universel direct.

Candidat du Parti de la justice et du développement (AKP), au pouvoir depuis 2002, M. Erdogan fait figure de grand favori du scrutin, qu'il pourrait selon les derniers sondages remporter dès ce 10 août.

La semaine dernière, 31 policiers ont déjà été inculpés, notamment de "constitution et de direction d'une bande criminelle", et écroués dans le cadre de cette affaire, après une première vague d'une centaine d'interpellations.

Tous sont accusés par le gouvernement d'être proches du mouvement religieux du prédicateur musulman Fethullah Gülen, exilé aux Etats-Unis. M. Erdogan reproche à son ancien allié d'avoir manipulé pour lui nuire une enquête ouverte en décembre sur un vaste scandale de corruption l'impliquant avec son entourage.

- Purges -

L'essentiel des éléments à charge visant le Premier ministre et son gouvernement ont été obtenus par des écoutes téléphoniques et publiés sur les réseaux sociaux.

M. Erdogan, qui a farouchement nié toutes ces accusations, a d'ores et déjà congédié des milliers de policiers et de procureurs, soupçonnés d'être proches de M. Gülen.

Vendredi, il a affirmé que cette enquête allait s'élargir et ajouté qu'il n'accepterait pas d'excuses des proches de M. Gülen tant qu'il exercerait ses fonctions de Premier ministre.

Le chef du principal parti d'opposition, le Parti républicain du peuple (CHP, social-démocrate), a dénoncé mardi le calendrier très politique de cette deuxième vague d'arrestation dans les rangs de la police.

"Si un +Etat parallèle+ existe vraiment, celui qui dirige le pays doit en être tenu pour responsable", a accusé le président du CHP, Kemal Kiliçdaroglu, devant la presse. "Erdogan pense que le peuple va oublier (les accusations de corruption qui pèsent sur lui, ndlr) à cause des élections. Mais il n'y échappera pas", a-t-il ajouté.

Agé de 72 ans, Fethullah Gülen vit depuis 1999 en Pennsylvanie (est des Etats-Unis), d'où il dirige un puissant mouvement socio-religieux qui compterait plusieurs millions de membres, influents dans la police et la magistrature turque.

Dans un nouveau message vidéo diffusé mardi sur plusieurs sites internet, M. Gülen a une nouvelle fois nié tout complot contre le gouvernement turc et son chef.

"Que Dieu maudisse (...) ceux qui, quels qu'ils soient, constituent un gang, une bande ou veulent causer du tort à ce pays", a-t-il lancé.

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