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Khieu Samphan, "naïf" chef de l'Etat sous les Khmers rouges

05/08/2014 03:37 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

Khieu Samphan, condamné jeudi à la prison à vie, était chef de l'Etat sous les Khmers rouges, titre qui ne l'a pas empêché de se présenter comme un dirigeant symbolique, "naïf" et exclu des cercles rapprochés d'un régime qui a fait quelque deux millions de morts.

Poursuivi pour génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre par le tribunal de Phnom Penh parrainé par l'ONU , Khieu Samphan, 83 ans, n'a jamais esquissé l'ombre d'une explication, encore moins d'un aveu, pour les atrocités commises au Cambodge entre 1975 et 1979.

Alors que la procédure a été découpée pour obtenir un premier jugement plus rapidement, il a même tourné l'accusation en ridicule lors de son premier procès pour crimes contre l'humanité.

"Vous semblez vouloir que tout le monde écoute vos contes de fée", a déclaré l'ancien chef de l'Etat du "Kampuchéa démocratique" lors des audiences, témoignant d'une farouche volonté de se battre. "J'ai l'impression que vous voulez vraiment voir ma tête sur le billot".

"La réalité, c'est que je n'avais aucun pouvoir, ce qui m'allait très bien", a-t-il répété fin 2013.

Le tribunal l'a malgré tout condamné jeudi à la prison à perpétuité pour crimes contre l'humanité, un verdict dont sa défense a immédiatement annoncé faire appel.

Né en 1931 dans la province cambodgienne de Svay Rieng (sud-est), Khieu Samphan passe son baccalauréat au lycée Descartes de Phnom Penh avant de s'envoler pour la France en 1953.

Il étudie le droit et l'économie politique et se rapproche des milieux anti-colonialistes, notamment le Cercle des études marxistes animé par un certain Ieng Sary, qui deviendra ministre des Affaires étrangères du régime. Il y rencontre aussi Saloth Sâr, le futur Pol Pot.

Il rentre au Cambodge en 1959, est élu député en 1962 et devient secrétaire d'Etat au Commerce, pendant neuf mois (1962-63). Il entre dans la clandestinité en 1967 et rejoint le Parti communiste du Kampuchea, plus connu sous le nom de Khmers rouges.

"Un mouvement qui ne correspondait a priori ni à ma formation ni à mes options de vie comme intellectuel et parlementaire", a-t-il écrit dans un livre publié en 2004.

- 'Personnellement contribué à ces crimes' -

En 1976, il devient chef de l'Etat presque malgré lui, après la démission du prince Norodom Sihanouk.

Au nom d'une utopie marxiste, le régime des Khmers rouges vide les villes au profit des campagnes, impose le travail forcé et élimine les opposants, les intellectuels, causant la mort d'un quart de la population.

Khieu Samphan affirme pourtant ne rien entrevoir de ces exactions. "Je passais ma vie confiné dans l'annexe du quartier général des leaders khmers rouges", a-t-il dit.

Qualifiant sa fonction de "largement honorifique", il a même demandé à ses compatriotes de "bien vouloir pardonner" sa "naïveté".

La documentation disponible montre sa "connaissance des atrocités et suggère qu'il a personnellement contribué à ces crimes en faisant des déclarations publiques" en leur faveur, ont pourtant estimé les chercheurs Stephen Heder et Brian Tittemore dans un ouvrage sur cette période.

"Il a publiquement approuvé les mesures prises contre les ennemis de la révolution".

Les procureurs du tribunal ont également souligné le rôle "primordial" de Khieu Samphan et de son co-accusé Nuon Chea, idéologue du régime condamné à la même peine jeudi, dans cette machine totalitaire.

Dans les années 1980, après que les Khmers rouges ont été chassés du pouvoir par les Vietnamiens et sont redevenus rebelles, Khieu Samphan continue d'incarner le mouvement, occupant notamment le poste de Premier ministre du gouvernement communiste en exil.

Il cherche à projeter une image de "modéré" alors que le monde prend peu à peu conscience de l'ampleur des atrocités. Il négocie les Accords de paix de Paris en 1991 et reste fidèle au mouvement, jusqu'à son effondrement.

Il fait défection en 1998 après un accord avec les autorités, avant d'être finalement arrêté en 2007.

Lors de son procès, il a présenté ses "excuses sincères" aux victimes, tout en jurant une nouvelle fois qu'il ignorait tout des "grandes souffrances" des Cambodgiens.

bur-abd/ml

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