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Japon: un grand scientifique impliqué dans le scandale des cellules Stap s'est pendu

05/08/2014 02:39 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

L'éminent biologiste japonais Yoshiki Sasai, un des protagonistes de l'affaire dite des cellules Stap, a été retrouvé pendu mardi sur son lieu de travail, énième rebondissement dans ce scandale qui agite le monde scientifique nippon depuis six mois.

Spécialiste des cellules souches, M. Sasai, 52 ans, a été découvert dans la matinée par un employé au Centre de biologie de l'institut de recherche public Riken, à Kobe (ouest). Transporté à l'hôpital, son décès a été officiellement confirmé deux heures plus tard. Quatre lettres étaient posées près de son corps et sur le bureau de sa secrétaire, a indiqué un directeur de la communication du Riken, Satoru Kagaya, lors d'une conférence de presse.

"C'est un homme à la pointe de la recherche cellulaire qui a disparu et de ce point de vue c'est une grande perte", a réagi un responsable du ministère de la Science.

L'histoire avait pourtant bien commencé: une jeune et brillante chercheuse, Haruko Obokata, fait une découverte scientifique extraordinaire, les cellules Stap, aux étonnantes propriétés de pluripotence recouvrée grâce à un procédé chimique inusité.

Ces cellules revenues au stade indifférencié et susceptibles d'évoluer en différents tissus et organes pouvaient constituer une révolution pour la médecine régénérative, au même titre que les cellules dites iPS (génétiquement reprogrammées) qui ont valu à son créateur, le japonais Shinya Yamanaka, le prix Nobel de médecine en 2012.

Mme Obokata était épaulée par le professeur Yoshiki Sasai, qui l'avait même accompagnée lors d'une conférence de presse à la veille de la publication des résultats de ses travaux dans la prestigieuse revue scientifique britannique Nature.

Mais la gloire allait tourner court: quelques jours plus tard, des doutes avaient commencé à émerger sur les illustrations associées à sa communication scientifique.

La presse s'empara du sujet et le Riken fut contraint de lancer une enquête interne pour démêler le vrai du faux. D'où il ressortit que Mme Obokata avait un peu triché avec les images censées prouver la véracité de ses travaux, accrédités par son mentor Sasai.

L'intéressée a reconnu avoir retouché des visuels, mais affirmé qu'il s'agissait d'une erreur de jeunesse.

- jugé coresponsable de contrefaçon -

A la décharge de Mme Obokata, M. Sasai avait expliqué lors d'une conférence de presse en avril que, selon lui, "si l'hypothèse des cellules Stap n'existait pas, plusieurs phénomènes observés ne seraient pas facilement explicables", laissant entendre qu'il croyait en la possibilité de leur existence.

Il recommandait cependant que les articles soient retirés de Nature afin de lancer des nouvelles expériences probantes. Les deux articles incriminés avaient in fine été supprimés par la revue début juillet, après obtention au forceps de l'accord Mme Obokata et des 13 coauteurs.

Parallèlement, le Riken a autorisé Mme Obokata à prendre part aux nouveaux travaux devant prouver ou infirmer ses dires. Hospitalisée durant plusieurs semaines en raison d'un état psychologique fragile, elle avait commencé à retravailler au Riken avec une nouvelle équipe, sous étroite surveillance.

M. Sasai était quant à lui rendu responsable de ne pas avoir détecté les "contrefaçons" dans les données présentées par Mme Obokata. Ces accusations l'avaient durement affecté, selon des proches. "Il avait dû séjourner à l'hôpital en mars, et même en mai-juin, il n'était pas en forme", a témoigné M. Kagaya. Le contenu des lettres laissées par M. Sasai, dont une serait adressée à sa cadette, restait encore secret mardi en fin de journée.

L'annonce du suicide de M. Sasai a "fortement choqué Mme Obokata" selon le Riken, et remis à la une un scandale scientifique qui était aussi parfois perçu comme le résultat d'une rivalité entre professeurs.

M. Sasai lui-même avait opposé les cellules Stap aux iPS en janvier, avant de revenir sur ses propos en avril.

"Nous allons faire en sorte que les circonstances actuelles (créées par le suicide de M. Sasai) n'aient pas de conséquences sur les autres recherches", a assuré jeudi le responsable du Riken.

Il y a un mois, une autre chercheuse de ce même institut, chargée des premiers essais cliniques au monde de médecine régénérative au moyen des cellules iPS, avait menacé de jeter l'éponge. Masayo Takahashi disait alors ne pas comprendre que le Riken n'ait pas encore sanctionné Mme Obokata pour ses arrangements sur les cellules Stap.

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