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Horizon incertain pour la dette argentine après le défaut

05/08/2014 12:45 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

L'Argentine, pays rebelle aux recettes ultra-libérales, pensait avoir fait le plus difficile en divisant par quatre sa dette publique en 10 ans et en trouvant un accord avec 93% de ses créanciers, une stratégie désormais mise en échec par une poignée de fonds "vautours".

"Après les restructurations de 2005 et 2010, il y a eu une réduction efficace de la dette due au secteur privé", remarque l'économiste Manuel Solanet, ancien consultant de la Banque mondiale, mais dans la conjoncture actuelle cela "pourrait s'effondrer".

Représentant moins d'1% des détenteurs de bons, les fonds spéculatifs ont remporté une longue bataille judiciaire contre la troisième économie d'Amérique latine : alors que 93% des créanciers avaient accepté en 2010 de ne toucher que 30% de la valeur initiale des créances, la justice américaine a octroyé à NML Capital et Aurelius Management 100% des sommes théoriquement dues.

Si les autres créanciers obtenaient les mêmes conditions que les fonds "vautours", selon une clause en vigueur jusqu'à fin 2014, l'Argentine courrait à la ruine.

Pourtant, en réduisant le poids de sa dette de 160% du PIB après la crise économique de 2001 à "40 à 45%" aujourd'hui, "l'Argentine était devenue un exemple de désendettement dans le monde", note Roberto Lavagna, ex-ministre argentin de l'Economie et architecte de la restructuration de 2005, alors acceptée par les trois quarts des créanciers privés.

En 2006, Buenos Aires a effacé une dette envers le Fonds monétaire international (FMI) en réglant neuf milliards de dollars, cash, et conclu en mai dernier un accord avec le Club de Paris pour rembourser 10 milliards de dollars, dont le premier versement de 650 millions a été réglé fin juillet.

Mais l'horizon économique du pays s'est obscurci en 2013. Les recettes fiscales des exportations agricoles, notamment de soja, ont diminué en raison du tassement des prix des matières premières et de la production. Le déficit budgétaire chronique et le déficit énergétique ont fini de plomber les réserves de devises.

- Désendettement en question -

Pour l'économiste Federico MacDougall, les conséquences du défaut de paiement seront proportionnelles à la persistance du litige Argentine-fonds "vautours".

"Le désendettement bute sur un obstacle, s'il y a une solution dans quelques mois, le problème sera mineur. Mais si cela se prolonge, ce processus tournera à un retentissant échec", affirme l'économiste.

Depuis la crise de 2001, quand l'Argentine s'était effondrée sous le poids de la dette, Buenos Aires n'a pas levé de capitaux sur les marchés. Ces derniers temps, le pays veillait à se remettre en règle vis-à-vis des institutions internationales, afin d'emprunter à nouveau.

"Dans les années 1970, l'Argentine s'est endettée comme les autres pays d'Amérique latine, mais alors que le Mexique et le Brésil réduisaient leur endettement, l'Argentine a esquivé les règles" et a continué à s'endetter dans les années 1990, observe Federico MacDougall.

"Parce qu'elle a une réputation qui n'est pas la meilleure, l'Argentine a souvent été punie", dit-il.

Manuel Solanet critique ce qu'il considère comme une volonté de "victimisation" du gouvernement de la présidente de centre gauche Cristina Kirchner. "Je ne crois pas aux conspirations. Le gouvernement a choisi que les bons soient émis à New York. Les appels de l'Argentine ont été rejetés et le juge a agi conformément au droit, même s'il aurait pu être plus équitable".

Pour M. Lavagna, proche de Nestor Kirchner (2003-2007) mais opposé à la politique de sa veuve Cristina Kirchner (2007-2015), "le juge Griesa n'a pas évalué toute l'importance de ce qui était en jeu (...) Que le juge ait privilégié 1% des créanciers suppose un grand risque pour les futures restructurations" de dette souveraine dans le monde.

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