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Hollande en appelle à Berlin pour relancer l'économie, un pari risqué

05/08/2014 11:39 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

François Hollande n'a cessé d'exalter l'amitié franco-allemande lors des commémorations de la Première Guerre mondiale comme pour donner davantage de force à ses appels pressants à Berlin, sommé d'en faire plus pour la croissance, l'emploi et l'investissement en Europe, mais le pari est risqué.

Le président français a clairement fait savoir lundi dans les colonnes du Monde qu'il attendait de l'Allemagne "un soutien plus ferme à la croissance".

"Ses excédents commerciaux et sa situation financière lui permettent d'investir davantage. C'est le meilleur service que l'Allemagne peut rendre à la France et à l'Europe", a-t-il fait valoir.

Il a enfoncé le clou le jour-même en Belgique, à l'issue de nouvelles commémorations de la Grande Guerre, dans une toute dernière déclaration à la presse avant ses vacances.

"Ce que nos amis allemands doivent entendre, c'est qu'il y a des pays en déficit - la France en est un - (...) qui doivent faire des efforts pour redresser leurs comptes et pour améliorer leur compétitivité" et "des pays qui sont en excédents parce qu'ils ont fait des réformes il y a dix ans que la France n'avait pas faites à l'époque".

"Eh bien, ces pays-là peuvent soutenir la consommation, soutenir la demande, augmenter les salaires, faire davantage d'investissements pour qu'il puisse y avoir plus de croissance en Europe", a enchaîné le président français dans un claire allusion à l'Allemagne.

François Hollande a assigné une autre tâche à Berlin: contribuer à écarter le spectre de la déflation en acceptant un euro plus faible.

Ses appels du pied n'ont eu toutefois que bien peu d'écho dans la capitale allemande, plongée dans la torpeur estivale.

Seule réaction notable dans la presse allemande, celle du quotidien Die Welt. Le journal conservateur, souvent critique à l'égard du socialiste François Hollande, estime que ses déclarations au Monde constituent "un document étonnant car il s'agit finalement de l'aveu du président français que sa politique économique a échoué".

"Le seul espoir que Hollande caresse encore, c'est qu'Angela Merkel le sorte de là", ajoute Die Welt.

Les sociaux-démocrates à la rescousse?

Pour convaincre Berlin d'infléchir sa politique économique, le président français table sur les sociaux-démocrates allemands qui ont rejoint les Unions chrétiennes de la chancelière Angela Merkel au sein d'une "grande coalition".

Vice-chancelier et ministre social-démocrate de l'Economie, Sigmar Gabriel, était ainsi jeudi à Paris où il a rencontré le Premier ministre Manuel Valls. Au menu de leurs discussions, selon les services du Premier ministre français, le "sérieux budgétaire, les réformes de structures et la trajectoire des comptes publics" de la France ainsi que la réorientation des politiques européennes en faveur de la croissance.

Mais si Paris peut espérer avoir l'oreille de Sigmar Grabriel, les rênes du ministère allemand des Finances restent aux mains du chrétien-démocrate Wolgang Schäuble, chantre de la discipline budgétaire.

Et ce dernier n'entend en aucun cas relâcher sa vigilance. Il en a encore donné un signe récemment, émettant des doutes sur l'opportunité d'attribuer le portefeuille des affaires économiques et monétaires de la Commission européenne -poste clé pour faire respecter la rigueur budgétaire- à un Français, fût-ce Pierre Moscovici, son ancien homologue socialiste qu'"il estime beaucoup".

La question devrait être tranchée lors du sommet européen du 30 août quand le nouveau président de la Commission, Jean-Claude Juncker, distribuera les rôles au sein de son équipe.

Elle constituera un test de la bonne volonté de Berlin à l'égard de Paris qui, pour mettre toutes les chances de son côté, envisage une nouvelle rencontre entre François Hollande et les dirigeants européens sociaux-démocrates juste avant le sommet.

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