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Deux Canadiens en Chine depuis 30 ans sont soupçonnés d'espionnage militaire

05/08/2014 01:06 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

TORONTO - Les deux Canadiens détenus en Chine pour avoir prétendument volé des secrets militaires passaient leurs journées à gérer leur café et n'ont jamais pu avoir accès à des informations sensibles, a souligné un des fils du couple, mardi.

Simeon Garratt a indiqué que ses parents, Kevin Garratt âgé de 54 ans et Julia Dawn Garratt âgé de 53 ans, vivent en Chine depuis 30 ans. Ils étaient sortis souper lundi soir avec des amis à Dandong, près de la frontière avec la Corée du Nord, lorsqu'ils ont été arrêtés, a-t-il raconté.

«Mes parents sont détenus dans un lieu gardé secret. Je me suis laissé dire qu'ils sont en sécurité mais qu'ils sont un peu confus. Ils n'ont absolument aucune idée de ce qui leur arrive», a relaté M. Garratt en entrevue à La Presse Canadienne depuis Vancouver.

L'homme de 27 ans a expliqué que c'est son jeune frère, qui habite lui aussi Dandong, qui a appris l'arrestation de leurs parents. Les autorités chinoises lui auraient demandé d'apporter des vêtements et le nécessaire de toilette pour ses parents.

«Ils l'ont interrogé et lui ont transmis cette information. Il n'a pas pu leur parler. (Les autorités) lui ont dit peut-être plus tard», a rapporté M. Garratt, ajoutant que les accusations à l'endroit de leurs parents n'ont pas été expliquées à la famille.

L'agence de presse officielle chinoise Xinhua a rapporté lundi que Kevin Garratt et Julia Dawn Garratt font l'objet d'une enquête par le ministère de la Sécurité nationale, qui les soupçonne d'avoir volé des secrets militaires.

Ces accusations surviennent quelques jours après que le Canada eut pointé la Chine du doigt lorsque des pirates informatiques ont réussi à infiltrer des ordinateurs du Conseil national de recherches du Canada (CNRC). Pékin s'était empressé de nier toute implication.

Ce nouvel épisode impliquant l'arrestation de Kevin et Julia Garratt laissent les enfants du couple en pleine confusion.

«J'ai l'impression que mes parents sont pris dans quelque chose qui est beaucoup plus grand qu'eux», a laissé tomber M. Garratt, qui a lui-même grandi en Chine.

«En gros, mes parents sont les propriétaires d'un café. Ma mère a donné quelques cours à l'université, et ils ont fait un peu d'aide humanitaire en Corée du Nord. Mais ils n'ont jamais rien fait de préjudiciable ou de négatif envers la Chine», a-t-il soutenu.

Kevin et Julia Garratt vivent à Dandong depuis 2008 et sont les propriétaires du Peter's Coffee Shop, situé à un jet de pierre d'un pont qui mène à la Corée du Nord.

«Ils sont installés là-bas depuis longtemps et tout ce qu'ils ont fait a toujours été honnête, a dit M. Garratt à propos de ses parents. Ce n'est pas comme si ils avaient essayé de pousser les limites ou de contourner le système», a-t-il ajouté.

Un porte-parole du ministère canadien des Affaires étrangères a confirmé que des représentants canadiens sont en contact avec les autorités chinoises pour offrir de l'assistance consulaire au couple. Des représentants gouvernementaux ont d'ailleurs indiqué à Simeon Garratt qu'un responsable consulaire canadien devrait être en mesure de rencontrer ses parents mercredi.

La plus grande préoccupation pour les enfants du couple est de savoir combien de temps leurs parents resteront incarcérés.

«Le gouvernement chinois a la capacité de détenir des gens pendant des mois sans vraiment fournir de raisons», a expliqué M. Garratt qui aimerait également savoir dans quelles conditions ses parents sont détenus.

Au moins un expert de la Chine croit que le couple pourrait demeurer détenu pendant des semaines voire même des mois, pendant que les autorités canadiennes et chinoises négocient.

«Ces enjeux prennent du temps à être résolus», clame Gordon Houlden qui est directeur de l'Institut chinois de l'Université d'Alberta et qui a passé plusieurs années en Chine à travailler pour le gouvernement canadien.

Des accusations d'avoir volé des secrets d'État sont un crime sérieux en Chine, indique M. Houlden, qui estime qu'il n'y a rien de surprenant dans cette histoire.

«Ils habitent le long de la frontière nord-coréenne depuis vraiment longtemps. Ils gèrent un café. Ce n'est pas le profil de gens qui cherchent à dérober des secrets militaires», mentionne-t-il tout en prenant bien soin de répéter qu'il ne connaît pas les deux personnes visées par les accusations.

Mais il n'y a rien d'anodin dans le fait que le couple ait été arrêté dans la foulée des accusations d'espionnage lancées par le Canada à l'endroit de la Chine.

«Si ces gens étaient une gêne pour les Chinois, les autorités auraient pu s'en occuper d'une multitude de façons plus discrètes, par exemple en ne renouvelant pas leurs visas ou en les renvoyant dans leur pays d'origine», croit M. Houlden. «Mais de lancer ces accusations extrêmement graves, c'est inhabituel et il faut y porter attention.»

Le moyen le plus efficace d'obtenir la libération du couple serait par le biais de négociations diplomatiques discrètes à l'abri des projecteurs, estime le professeur.

«Je crois que les deux parties voudront trouver des moyens de gérer ce cas loin des regards publics», dit-il.

La détention du couple, de même que l'incident de cyberespionnage, surviennent alors que le premier ministre Stephen Harper prévoit possiblement se rendre en Chine pour une visite officielle en novembre, dans le cadre de son voyage à Pékin pour assister à un sommet économique.

Plusieurs autres enjeux plombent la relation entre la Chine et le Canada, notamment la signature d'Ottawa qui tarde à être apposée sur un traité d'investissements avec la Chine et les nouvelles règles imposées par le Canada relativement aux investissements provenant de pays étrangers.

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