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Cruauté animale: Saputo critiquée par un groupe de défense des animaux

05/08/2014 10:10 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT

LAVAL, Qc - Le président et chef de la direction de Saputo (TSX:SAP), Lino Saputo Jr., s'est retrouvé sur la défensive mardi lorsqu'un groupe de défense des animaux a reproché à l'entreprise qu'il dirige de ne pas en faire assez pour enrayer la cruauté animale au sein des fermes laitières au pays.

Le groupe Mercy for Animals Canada estime que la réaction de l'entreprise à sa vidéo tournée clandestinement chez Chilliwack Cattle Sales — on l'on voit notamment des employés de la ferme laitière en train de frapper des vaches avec différents objets — n'était qu'une opération de relations publiques.

Diffusée en juin, cette vidéo avait incité Saputo à suspendre brièvement ses achats en provenance de cette ferme. La situation était revenue à la normale deux jours plus tard, à la suite d'inspections indépendantes sur les pratiques de Chilliwack Cattle Sales menées par un expert ontarien ainsi qu'un autre en provenance de l'État américain du Wisconsin.

Au cours d'un entretien avec les journalistes, M. Saputo Jr. a réfuté les allégations du groupe de défense des animaux.

«Nous avons effectué des démarches uniques dans l'industrie pour avoir l'attention des dirigeants (concernés)», a-t-il dit après l'assemblée annuelle des actionnaires, au cours de laquelle le plus grand transformateur laitier du Canada a été questionné sur le sujet.

Le patron de Saputo a rappelé que la société n'était pas une «experte» en matière de cruauté animale, ce qui ne l'empêchera pas d'agir.

«Nous allons utiliser notre pouvoir pour attirer l'attention de ceux qui peuvent faire en sorte de réformer l'industrie», a affirmé M. Saputo Jr., qui se n'est pas prononcé sur le moment où des changements pourraient être apportés à la règlementation actuelle.

Selon ce dernier, la suspension des achats de lait en provenance de la ferme de Chilliwack a représenté un risque pour l'entreprise, puisque seules des raisons de qualités peuvent être évoquées pour refuser un achat.

«On peut se faire poursuivre pour la valeur ou la quantité de lait perdue», a dit M. Saputo Jr., qui a rappelé que les fabricants de produits laitiers doivent normalement s'adresser à des offices de mises en marché pour acheter leur lait.

Déception face aux réponses de Saputo

La directrice administrative de Mercy for Animals Canada, Krista Osborne, s'est de son côté montrée déçue des réponses fournies par le pdg de Saputo après l'avoir interpellé sur le dossier au cours de l'assemblée des actionnaires.

«Il n'y a pas de preuves que des changements ont été apportés et Lino Saputo (Jr.) n'aurait jamais été mis au courant de ce qui se passait à Chilliwack sans notre enquête», a-t-elle dit, au cours d'un entretien avec les journalistes.

Selon Mme Osborne, Saputo devrait militer en faveur d'un changement de la règlementation, d'inspections aléatoires sur les fermes laitières en plus de s'assurer de diffuser sur internet — à l'aide de caméras — ce qui se passe au sein de sa chaîne d'approvisionnement.

Chilliwack Cattle Sales a congédié huit employés depuis que la vidéo tournée clandestinement par Mercy for Animals Canada a été diffusée.

Le patron de Saputo s'est par ailleurs engagé à rencontrer la directrice de l'organisme afin de discuter de cruauté animale. Mme Osborne se disait incapable de rejoindre le dirigeant du fromager québécois depuis plusieurs mois.

Bénéfice inférieur aux attentes

La société établie à Montréal a également profité de son assemblée annuelle pour dévoiler ses résultats du premier trimestre, clos le 30 juin dernier.

Ses profits ont grimpé de 6,3 pour cent pour s'établir à 145,3 millions $, ou 73 cents par action, par rapport à 136,7 millions $, ou 69 cents par action, à la même période en 2013.

Sur une base ajustée, le bénéfice par action s'est chiffré à 73 cents, soit 4 cents en deçà de la prévision des analystes sondés par Thomson Reuters.

Stimulés par l'acquisition du producteur australien Warrnambool Cheese and Butter Factory, les revenus ont bondi de plus de 20 pour cent, à 2,62 milliards $.

Selon Irene Nattel, de RBC Marchés des capitaux, Saputo a raté la cible des analystes principalement en raison des conditions de marché aux États-Unis. En outre, les perspectives d'avenir de Saputo se sont améliorées depuis le dernier trimestre, a-t-elle ajouté.

«La direction se concentre à améliorer la profitabilité en plus d'augmenter la présence de l'entreprise à l'étranger par l'entremise d'acquisitions», écrit l'analyste dans un rapport, soulignant qu'une acquisition dont le montant pourrait atteindre 3,5 milliards $ est possible.

Les revenus du secteur canadien ont progressé de six pour cent, à 949 million $, alors que l'augmentation a été de 23 pour cent du côté américain, où le chiffre d'affaires a atteint 1,29 milliard $. À l'international, les revenus ont progressé de 69 pour cent, à 380 millions $, entre autres grâce à la percée australienne de Saputo.

M. Saputo Jr. n'écarte pas la possibilité de tenter de mettre la main sur la participation de 12 pour cent manquante qui ferait de Warrnambool une filiale exclusive de Saputo, une fois terminée la période de restriction.

Le conseil d'administration de Saputo a par ailleurs augmenté de 13 pour cent son dividende trimestriel, lequel est passé de 23 cents à 26 cents l'action. Celui-ci sera versé le 15 septembre aux actionnaires inscrits le 4 septembre.

L'action de Saputo s'est appréciée mardi de 1,38 $ à la Bourse de Toronto, pour clôturer à 68,95 $.

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