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Argentine : une figure historique des Grands-mères de la Place de Mai retrouve son petit-fils 36 ans plus tard

05/08/2014 06:19 EDT | Actualisé 05/10/2014 05:12 EDT
DANIEL GARCIA via Getty Images
Estela de Carlotto, the president of Abuelas de Plaza de Mayo (Grandmothers of Plaza de Mayo), an association that seeks to reunite babies stolen during the military regime (1976-1983) with their biological parents or relatives, smiles after announcing the recovery of her grandson Guido --the son of her daughter Laura missing in 1976 and the 114th person identified by the group-- in Buenos Aires on August 5, 2014. A relative of de Carlotto said the identity of her grandson was confirmed through genetic testing. AFP PHOTO / DANIEL GARCIA (Photo credit should read DANIEL GARCIA/AFP/Getty Images)

Estela Carlotto, figure historique des Grands-mères de la Place de Mai, irradie de bonheur: après 36 ans de recherches, elle vient de retrouver la trace de son petit-fils Guido, disparu pendant la dictature militaire (1976-1983).

"Je ne voulais pas mourir avant de le serrer dans mes bras. Je vais bientôt pouvoir l'embrasser. Je veux le toucher, regarder son visage", a dit à des journalistes cette infatigable militante de 83 ans.

D'après le récit d'un compagnon de détention de sa mère Laura Carlotto, cette membre de la guérilla des Montoneros l'a baptisé Guido après l'avoir mis au au monde le 26 juin 1978, alors qu'elle était emprisonnée dans les geôles de la dictature. Laura Carlotto fut finalement torturée et exécutée d'une balle dans la tête.

Guido, fils de Laura Carlotto et Oscar Montoya, également Montonero, est aujourd'hui un musicien de 36 ans. Après un premier contact téléphonique mardi avec sa famille biologique, il a demandé un peu de temps pour réaliser, avant de les rencontrer.

"Il est très ému, il a besoin de temps", a dit avec tendresse Mme Carlotto au sujet de son 14e petit-fils.

Les Grands-mères de la Place de mai estiment que 500 bébés d'opposants politiques enlevés à leur mère ou nés en captivité ont ensuite été adoptés par des dignitaires du régime militaire qui a fait 30 000 morts ou disparus, selon les organisations de défense des droits de l'Homme.

Plus d'une centaine de ces enfants ont été identifiés et ont pu reprendre contact avec leur famille après avoir été élevés par des parents qu'ils pensaient parfois être leurs véritables géniteurs.

L'ancien dictateur argentin Jorge Videla (1976-1981) a été condamné en 2012 à 50 ans de prison pour vols de bébés d'opposants sous la dictature. Il est mort en détention l'année suivante.

'Il m'a cherchée'

Estela Carlotto est une figure historique du mouvement de femmes argentines ayant eu le courage, au plus fort de la répression, de manifester Place de Mai, devant le palais présidentiel, pour réclamer aux autorités militaires leurs enfants ou petits-enfants disparus.

La présidente des Grands-mères de la Place de Mai a reçu mardi le résultat des tests ADN. "Le résultat est positif. Nous avons trouvé mon neveu. Il s'est présenté spontanément (début juillet), il a fait un test ADN et la coïncidence est de 99,9%", avait déclaré plus tôt Kivo Carlotto, oncle de Guido.

Emue mais souriante, Estela Carlotto a communiqué sa joie à une pléiade de journalistes au siège de l'organisation des Grands-mères de la Place de Mai, dans le centre de Buenos Aires.

Elle était entourée d'une vingtaine de trentenaires, filles ou fils d'opposants exécutés par le régime militaires, puis adoptés le plus souvent par des policiers ou militaires.

"Je veux partager ce bonheur avec vous. Je l'ai vu, il est beau, c'est un artiste. Il a cherché, il m'a cherchée, comme nous l'avons cherché", dit d'une voie assurée Estela Carlotto, les deux mains enroulées autour d'un micro.

Elle a confié qu'elle ignorait la grossesse de sa fille au moment de sa disparition. "J'ai rêvé qu'elle soit libérée. C'était une militante. (...) Aujourd'hui, j'ai mes 14 petits-enfants, la chaise vide ne l'est plus".

"L'histoire complète, nous ne la savons pas encore, mais cela viendra", a-t-elle ajouté.

Les gouvernements de Nestor (2003-2007), puis de Cristina Kirchner (2007-2015) ont traduit devant la justice les responsables de l'une des plus sanguinaires dictatures latino-américaines. Des centaines de procès ont eu lieu et les plus hauts dirigeants ont été condamnés.

Estela Carlotto a lancé un message d'espoir à celles qui n'ont pas encore retrouvé l'enfant ou le petit-fils qu'elles recherchent depuis plus de 30 ans.

"Dans cette maison on ne dort pas. Ne vous découragez pas", a-t-elle assuré, engagée à poursuivre son combat.