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Le sauvetage d'une banque portugaise soulève des questions sur la stabilité de la zone euro

04/08/2014 05:10 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

LISBONNE, Portugal - Une nouvelle banque portugaise a vu le jour lundi, née des cendres d'un empire financier écroulé, et a déclaré sur son site internet qu'elle était maintenant «plus forte et plus sécuritaire».

Mais les investisseurs, secoués par le plus récent drame financier de la zone euro, avaient besoin de plus de détails avant de se montrer rassurés.

Le plus gros scandale bancaire du Portugal, qui a forcé les autorités à allonger dimanche 4,9 milliards d'euros pour empêcher l'écroulement de la Banco Espirito Santo, a soulevé de nouvelles questions sur les façons par lesquelles les autorités ont apparemment été trompées.

Il a aussi recentré les esprits sur l'examen de santé du secteur bancaire auquel l'Union européenne se consacre depuis un an. Ses résultats sont attendus pour octobre.

La crise de la dette, qui a fait des ravages dans plusieurs pays qui utilisent l'euro comme devise et a forcé certains d'entre eux comme la Grèce, l'Irlande et le Portugal à demander des sauvetages, s'est calmée depuis quelques mois.

Mais les investisseurs restent aux aguets. Ils craignent que de nouvelles mauvaises nouvelles se pointent sans prévenir et le scandale entourant les énormes dettes cachées par Banco Spirito Santo alimente cette méfiance.

Des analystes de Barclays ont prédit que les investisseurs resteraient «méfiants quant aux risques qui pourraient émaner de problèmes latents dans le système financier (portugais)». Les difficultés de Lisbonne démontrent que «l'Europe doit toujours connaître une chirurgie majeure en ce qui a trait à ses problèmes économiques et bancaires», a exprimé une note de recherche de CMC Markets UK.

La Banque centrale européenne, la principale autorité réglementaire de la zone euro, effectue actuellement un examen des livres de plus d'une centaine des plus grandes banques de la région. L'objectif de l'opération est de dénicher celles qui connaissent des difficultés et d'aider à faire en sorte que les marchés financiers conservent leur confiance vis-à-vis du système bancaire. Le cas de la Banco Espirito Santo pourrait miner ces efforts.

Les autorités portugaises sont intervenues tard dimanche pour éteindre l'incendie Espirito Santo en divisant l'organisation en deux banques: une nouvelle, Novo Banco, qui conservera les actifs en bonne santé de la société et sera vendue plus tard, et une autre «mauvaise banque», qui détiendra les actifs toxiques et conservera le nom Banco Espirito Santo. La «mauvaise banque» sera liquidée et cessera d'exister une fois que tous les cas de mauvais investissements auront été réglés.

Des responsables avaient tenté le mois dernier de faire cesser la descente du cours de l'action de la banque en faisant valoir que ses finances étaient en bonne santé et que des investisseurs privés étaient prêts à la racheter. Mais la vérité a émergé la semaine dernière: la banque a affiché une perte semestrielle record de 3,58 milliards d'euros, les échanges de ses actions ont été suspendus et les trois principaux holdings de la famille Espirito Santo ont demandé à se protéger contre la faillite.

Le gouverneur de la Banque du Portugal, Carlos Costa, a admis tard dimanche, dans une déclaration télévisée, que les autorités avaient été bernées par une combine à la Ponzi dans le cadre de laquelle des sommes en espèces et des dettes étaient transférées un peu partout dans les activités de l'empire financier de la famille Espirito Santo sur quatre continents.

M. Costa a précisé que les activités de la banque étaient «en claire violation des règles de la Banque du Portugal» et avaient recours à des «complots frauduleux». Les autorités soupçonnent notamment l'ancien chef de la direction Ricardo Espirito Santo Salgado — qui a démissionné le mois dernier — de fraude et de blanchiment d'argent à la banque, dont les premières activités remontent au XIXe siècle et qui était devenue une des institutions financières les plus vénérables du Portugal.

«L'expérience internationale démontre que les magouilles de ce genre sont très difficiles à détecter avant leur effondrement, particulièrement lorsqu'elles se déroulent dans différents pays», a affirmé M. Costa. Le gouverneur a en outre indiqué qu'un examen réalisé par la Banque du Portugal avait permis de détecter des problèmes chez Banco Espirito Santo il y a 11 mois. Il a précisé que la banque centrale avait tenté de circonscrire ces problèmes, sans élaborer.

Il n'est pas clair pourquoi des actions précises pour secourir la banque n'ont pas été entreprises dès lors. Certains politiciens portugais ont demandé une enquête sur la façon dont Banco Espirito Santo s'y est prise pour passer entre les mailles du système de supervision. M. Costa n'a pas répondu aux questions des journalistes après sa déclaration.

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