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Le pétrole des sables bitumineux arrive sur le Saint-Laurent

04/08/2014 02:14 EDT | Actualisé 04/08/2014 02:14 EDT
Radio-Canada

Radio-Canada a appris que le pétrole que la compagnie Suncor achemine par train à Sorel-Tracy depuis trois semaines est un produit lourd, non raffiné, issu des sables bitumineux de l'Alberta. Par ailleurs, la pétrolière confirme pour la première fois que les navires sont destinés à l'exportation. L'arrivée de ce pétrole inhabituel au Québec entraîne le renforcement de plusieurs mesures de sécurité.

Un reportage de Thomas Gerbet

Le bruit des freins résonne aux installations de Kildair, au bord du fleuve, à Sorel-Tracy. Comme tous les jours depuis la mi-juillet, une trentaine de wagons arrivent au ralenti pour décharger leur contenu de pétrole.

« Nous acheminons du pétrole lourd de l'ouest par train jusqu'à la raffinerie de Montréal depuis décembre 2013, mais à Sorel [pour charger les navires], c'est la première fois », confirme la porte-parole de Suncor, Nancy White.

Pour l'occasion, Suncor, a remplacé les tristement célèbres DOT-111 par une nouvelle génération de wagons, plus épais et résistants. Quant au Canadien National, il a réduit la vitesse des convois et inspecte deux fois par semaine la voie ferrée qui traverse la Montérégie.

« Ce sont des produits qui ont un degré d'inflammabilité supérieur. Nous devons faire d'autres démarches, au niveau de la protection des étincelles, par exemple. »

— Daniel Morin, PDG de Kildair

La compagnie Kildair, qui stocke le pétrole avant de le charger sur des navires, a également renouvelé ses équipements de sécurité et ses infrastructures. « Le pétrole brut, pour nous, c'est une nouvelle commodité », explique le PDG Daniel Morin, qui fait des affaires depuis déjà depuis plusieurs années dans le mazout ou le bitume. « La soupe aux légumes, tout le monde sait à quoi ça ressemble, mais celle du restaurant du coin est différente de l'autre restaurant ».

Kildair a placé des gicleurs tous les 40 mètres, le long des rails, et s'est équipé d'un wagon spécial d'intervention en cas d'incendie, en partenariat avec la Ville de Sorel-Tracy. Un protocole est en cours de préparation pour offrir une assistance à d'autres municipalités de la Montérégie en cas d'incident.

« On comprend très bien l'inquiétude des gens, à la suite de l'incident de Lac-Mégantic », dit le maire de Sorel-Tracy, Serge Péloquin. « Mais le projet d'entreposage du pétrole chez Kildair, ça fait déjà un an et demi que nos équipes d'intervention d'urgence y travaillent. À Sorel-Tracy, ville d'industrie lourde, la gestion du risque, ça fait partie de notre culture. »

« Sur la voie maritime du Saint-Laurent et ailleurs, on n'a pas connu de grand accident. Il y a quand même toutes les normes, de Transports Canada et tout ça. À eux aussi d'être vigilants. Et si chacun fait son travail, sur son territoire, la sécurité ne s'en portera que mieux »

— Serge Péloquin, maire de Sorel-Tracy

Suncor et Kildair n'ont pas eu besoin de passer par le Bureau d'audiences publiques sur l'environnement pour faire transiter le pétrole albertain par Sorel-Tracy. « Il a été déterminé avec les autorités gouvernementales qu'il n'y avait pas de nécessité de faire [des audiences publiques]. On a travaillé avec le ministère de l'Environnement et la régie du bâtiment pour avoir tous les permis requis », explique le PDG de Kildair, Daniel Morin.

Environnement

En cas de déversement, le pétrole lourd issu des sables bitumineux serait encore plus dommageable pour le Saint-Laurent que du pétrole léger comme à Lac-Mégantic. « Les résidus bitumineux sont beaucoup plus récalcitrants, beaucoup plus difficiles à éliminer du milieu naturel et beaucoup plus toxiques », explique Émilien Pelletier, professeur spécialisé en chimie et écotoxicologie à l'Institut des sciences de la mer de Rimouski. Il explique que le pétrole lourd est susceptible de couler plus rapidement au fond de l'eau et est moins vite dégradé par les bactéries que du pétrole de schiste, par exemple.

Commerce international

L'entente entre Kildair et Suncor pour le chargement des bateaux s'étale sur plusieurs années. « Kildair nous offre plus d'options de transport et un meilleur accès au marché », avance la porte-parole de la pétrolière, Nancy White. Elle explique que les bateaux qui quitteront Sorel au rythme d'un ou deux par mois dès la mi-septembre seront destinés à des raffineries nord-américaines.

D'autres destinations des navires sont envisagées, mais Suncor ne veut pas donner de détails stratégiques. En revanche, la pétrolière, se donne l'option d'alimenter également sa raffinerie de Montréal en passant par Sorel, Pourquoi ce détour? Selon nos informations, c'est parce que les capacités de stockage de Montréal sont plus limitées qu'à Sorel-Tracy.

« Avec les plans en Alberta de continuer à faire croître la production de pétrole, la difficulté des projets de pipeline de se faire approuver, et la présence de plusieurs ports au Québec, il y aura plus de transport de pétrole des sables bitumineux au Québec. »

— Pierre-Olivier Pineau, professeur spécialiste des politiques énergétiques, HEC Montréal

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