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Le Botswana, un rare refuge pour les éléphants sur le continent africain

04/08/2014 07:02 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

CHOBE NATIONAL PARK, Botswana - Aucun signe d'un éléphant depuis deux minutes, a lancé à la blague un touriste à un guide du Parc national Chobe, au Botswana, qui abrite des dizaines de milliers d'éléphants. Une minute plus tard, leur véhicule a dépassé des bosquets et des éléphants sont apparus au loin, près de la route en terre.

Un tel humour ne serait pas possible dans plusieurs autres régions de l'Afrique, où les dernières années ont apporté leur lot de mauvaises nouvelles à propos de la contrebande de l'ivoire. Les chasseurs ont tué plus de 20 000 éléphants en 2013, dans la foulée d'une demande croissante pour leurs défenses en Asie, particulièrement en Chine, selon des groupes de protection internationaux.

Le Botswana est un rare havre de paix, avec des estimations plaçant sa population de pachydermes à près de 200 000 individus. La stabilité politique et économique de ce pays du sud de l'Afrique, sa petite population humaine et d'autres facteurs en font un refuge idéal pour les éléphants, bien que la pression sur les habitats et les conflits avec les hommes suscitent des inquiétudes croissantes.

Le Botswana est d'ailleurs un modèle complexe pour les autres nations africaines peinant à lutter contre le braconnage illégal, placé par les Nations unies aux côtés des trafics d'armes, de drogues et de personnes en raison du fait que ses profits illicites s'établissent à plusieurs milliards de dollars à l'échelle planétaire.

Dans l'ensemble de l'Afrique, on compte de 420 000 à 650 000 éléphants.

Les éléphants se déplacent librement à l'extérieur des zones de préservation dans ce pays sans accès à la mer, et qui ne compte que deux millions d'habitants; par contraste, le Kenya, sous pression des braconniers, a un territoire presque aussi important que celui du Botswana, avec environ 35 000 éléphants et 45 millions de citoyens.

Les plus grands mammifères terrestres du monde profitent de l'interdiction, au Botswana, de l'interdiction de la chasse à des fins récréatives sur les terres gouvernementales, entrée en vigueur cette année, et qui vise à aider d'autres espèces sauvages dont les populations diminuent. Certains éléphants, qui traversent habituellement les frontières non gardées, pourraient aussi avoir pénétré et choisi de rester au Bostwana, alors que le braconnage prend de l'ampleur dans les pays voisins, affirment certaines personnes.

Si les institutions corrompues sont en partie liées au braconnage en Afrique, Transparency International a classé le Botswana au 30e rang sur 177 pays, en 2013, en fonction de la perception de la corruption de son secteur public. Le pays dépasse toutes les autres nations africaines, et devançait des pays comme le Portugal, la Corée du Sud et le Costa Rica au classement.

«La paix et le succès des efforts de préservation vont de pair», affirme Rudi van Aard, un conservateur sud-africain de l'Université de Pretoria qui étudie les populations régionales d'éléphants. «La guerre, l'instabilité et la mauvaise gouvernance peuvent être associées aux échecs des efforts de protection.»

Au Bostwana, on affirme que la population d'éléphants augmente de 5 pour cent par année. Des responsables ont installé des clôtures pour empêcher que les animaux n'approchent des villages, et l'utilisation de piments forts est envisagée pour protéger les récoltes contre ces «créatures intelligentes», affirme Cyril Taolo, directeur adjointe du ministère de la Vie sauvage et des Parcs nationaux.

«Les éléphants étant ce qu'ils sont, ils trouvent rapidement le moyen de passer outre certaines de ces astuces», dit-il.

En décembre, le président botswanais Ian Khama, s'exprimant lors d'une rencontre internationale sur la protection des éléphants à Gaborone, la capitale, a annoncé que son gouvernement avait déployé «toutes nos forces de sécurité» pour aider à repousser les braconniers. Mais certains suspects franchissent les frontières. En juin, un chasseur de Zambie a été tué lors d'une fusillade avec des gardes-forestiers dans le parc de Chobe, dans le nord du pays, qui se trouve près de la Zambie, mais aussi du Zimbabwe, de la Namibie et de l'Angola.

Environ 50 éléphants ont été tués par année au cours des dernières années au Botswana, selon M. Taolo.

Les taux de braconnage sont bien plus élevés ailleurs en Afrique. Les chasseurs, certains utilisant des hélicoptères, ont tué environ 70 éléphants sur une période de deux mois dans le Parc national Garamba au Congo, dans le centre de l'Afrique, a reconnu en juin le directeur de l'endroit. À la fin de l'an dernier, les autorités du Zimbabwe voisin ont rapporté que plus de 100 éléphants avaient été tués par empoisonnement au cyanure dans une réserve faunique de l'ouest du pays.

Le carnage a suscité des comparaisons avec un massacre d'éléphants, dans les années 1970 et 1980, qui n'a ralenti que lorsqu'un embargo international sur la traite de l'ivoire est entré en vigueur en 1989. Des groupes d'insurgés et des syndicats du crime sont principalement responsables des meurtres contemporains, affirment des responsables et des analystes.

«Nous traversons de nouveau cette phase, de plusieurs façons», soutient George Wittemyer, un expert américain qui a étudié les éléphants du Kenya, en faisant référence à la multiplication des meurtres il y a des décennies. Selon lui, le Kenya a réalisé des progrès dans la lutte contre les braconniers, mais a reconnu que «nous ne sommes certainement pas encore sortis du bois».

Dans le parc Chobe, au Botswana, les éléphants se retrouvent par dizaines près d'une rivière, où ils ont arraché la majorité du feuillage. À l'extérieur du parc, un groupe d'éléphants a lentement traversé une route près d'une ville, semblant indifférents aux voitures qui y circulaient.

Éléphants sans frontières, un groupe sis au Botswana, mène ce qu'il décrit comme le plus important recensement continental des éléphants depuis les années 1970, financé par le milliardaire Paul Allen. Le but est d'utiliser ces données pour mieux diriger les efforts de protection à travers l'Afrique, indique Mike Chase, le directeur du groupe.

Les éléphants sont «au courant» des endroits à risque, dit M. Chase, invoquant des informations indiquant que plusieurs éléphants sont entrés au Botswana pendant la guerre civile en Angola et y sont repartis après la fin des combats.

M. Taolo répète que le Botswana reconnaît les éléphants comme un patrimoine mondial, et nécessite un appui international: «Protéger ces éléphants vient avec un coût réel.»

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