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Gaza:régler le conflit en s'inspirant de la lutte contre l'apartheid?

04/08/2014 01:46 EDT | Actualisé 04/10/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le Canada et l'ensemble de la communauté internationale doivent emboîter le pas aux groupes de la société civile qui boycottent les produits israéliens afin de régler une fois pour toutes un conflit qui semble insoluble, comme paraissait l'être celui de l'apartheid sud-africain, estime une professeure de science politique de l'Université Laval.

Selon Diane Lamoureux, «le conflit israélo-palestinien pourrit depuis plus de 60 ans dans une indifférence de plus en plus marquée», et malgré cela, «l'injustice ne disparaît pas du fait de sa durée».

C'est donc une solution politique à la question palestinienne qui s'impose, a-t-elle plaidé dans une lettre ouverte publiée lundi dans Le Devoir.

La professeure Lamoureux établit dans sa missive un parallèle entre les «discriminations persistantes» dont fait l'objet la population palestinienne à l'intérieur des frontières d'Israël et celles dont ont été victimes les Noirs en Afrique du Sud pendant les décennies qu'a régné le régime de l'apartheid.

Pour mettre fin à ce système politique basé sur la ségrégation raciale, la communauté internationale avait isolé l'Afrique du Sud en excluant ses représentants des rendez-vous internationaux et en imposant une série de sanctions dans les années 1980. Le Canada a été l'un des chefs de file de cette opération.

Mais partir de la prémisse que les Palestiniens se trouvent dans une situation d'apartheid est «complètement fallacieux», selon David Ouellette, directeur associé aux affaires publiques du Centre consultatif des relations juives et israéliennes (CIJA).

Il fait valoir que la ségrégation raciale n'existe «tout simplement pas» en Israël, où des Arabes israéliens siègent à la Cour suprême — laquelle a récemment condamné à la prison un ancien président israélien reconnu coupable de viol, Moshé Katzav.

«Ce sont des 'doubles standards'. Il y a des gens qui, pour des raisons qui les regardent, ne cherchent qu'à diaboliser l'État juif alors que c'est une grande démocratie avec un système juridique indépendant, une presse libre et des débats de société ouverts», a soutenu M. Ouellette lundi en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

«Oui, il y a une séparation entre les populations dans les territoires en Cisjordanie, mais elle n'est pas fondée sur une idée de ségrégation raciale. Elles sont séparées pour des raisons de sécurité élémentaire», a-t-il poursuivi.

Ottawa a déjà laissé entendre par l'entremise de l'un de ses plus importants ministres qu'il ne cautionnait pas le mouvement de boycottage.

Dans la foulée d'un mini-scandale impliquant l'actrice Scarlett Johansson, qui s'était associée à une marque de machines à boissons gazeuses dont l'usine se trouve dans une colonie juive de Cisjordanie, le ministre Jason Kenney avait publié en février, sur Twitter, une photo de l'une de ces machines qu'il disait avoir achetée pour son bureau.

Le gouvernement Harper, allié indéfectible de l'État hébreu, a fustigé lundi les propos tenus par l'auteure de la lettre ouverte parue dans le quotidien montréalais.

«L'affirmation de Mme Lamoureux à l'effet qu'Israël est un État d'apartheid est ridicule et disgracieuse. Nous rejetons complètement et totalement cette vision», a écrit dans un courriel Adam Hodge, le porte-parole du ministre canadien des Affaires étrangères, John Baird.

«Il est tout à fait honteux qu'elle condamne de façon sélective l'État démocratique d'Israël tout en pardonnant les violences et la répression perpétrés par le Hamas, un groupe terroriste», a ajouté M. Hodge.

Le Canada soutient «sans équivoque» le droit et le devoir d'Israël de se défendre et de défendre ses citoyens, a-t-il insisté.

Le Nouveau Parti démocratique (NPD) et le Parti libéral du Canada (PLC) n'ont pas donné suite aux demandes d'entrevue de La Presse Canadienne.

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