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Lac-Mégantic:polémique autour du passage en sol américain de la locomotive

01/08/2014 08:45 EDT | Actualisé 01/10/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - Le procès du conducteur du train ayant déraillé à Lac-Mégantic pourrait connaître des ratés après que la locomotive au coeur de ce drame se soit discrètement retrouvée aux États-Unis pour y être vendue aux enchères.

L'avocat de Tom Harding, Thomas Walsh, s'est dit préoccupé de constater que la locomotive, qui représente certainement une pièce importante du puzzle auquel les enquêteurs ont dû s'attaquer, ait pu échapper aux autorités canadiennes au moment où les procédures judiciaires n'en sont qu'à leurs premiers balbutiements.

Me Walsh a ajouté qu'il se demande entre combien de mains — et lesquelles — la locomotive MMA 5017 a pu passer alors qu'elle était en direction du Maine où elle a quasiment été vendue lors d'un encan.

En entrevue à La Presse Canadienne, il a précisé que si l'état du train devient un élément central de la théorie de la Couronne, un problème majeur pourrait survenir dans le cadre d'un éventuel procès.

Thomas Walsh a soutenu qu'autant la défense que la Couronne ont tout avantage à s'assurer qu'il y a eu une conservation adéquate de la preuve et il a mentionné que si jamais ça n'a pas été le cas, les indices pourraient, pour ainsi dire, ne plus avoir de valeur. Il a indiqué que de nombreux procès ont avorté pour de telles raisons.

L'avocat a émis ces commentaires après avoir été informé par La Presse Canadienne que la locomotive avait été entreposée dans des installations qui appartenaient jusqu'à tout récemment à la Montreal, Maine and Atlantic (MMA), la compagnie directement mêlée au drame de l'été dernier.

La Presse Canadienne a également appris que la locomotive endommagée, qui a joué un rôle de premier plan dans les événements ayant mené au déraillement, a été transportée dans le Maine par des membres du personnel de la MMA.

La société ferroviaire elle-même et trois de ses travailleurs, incluant Tom Harding, font face à 47 chefs d'accusation de négligence criminelle ayant causé la mort, un pour chacune des victimes du déraillement qui a défiguré une partie de Lac-Mégantic. S'ils sont reconnus coupables, les employés pourraient écoper des peines de prison à perpétuité.

Me Walsh a lancé que ce qui s'est passé équivalait «à remettre le fusil à un présumé meurtrier», ce qui est, à son avis, pour le moins «inhabituel».

Un récent reportage de La Presse Canadienne révélait que la locomotive MMA 5017 est entreposée à Milo, au Maine, où elle devait être vendue aux enchères mardi prochain.

À la suite de sa publication, la Sûreté du Québec (SQ) s'est soudainement tournée vers un créancier de la MMA pour réclamer que la locomotive ne puisse être vendue avant la fin des procédures judiciaires liées au déraillement. Le créancier, la Bangor Savings Bank, a accepté de se plier à la requête de la SQ et a retiré la locomotive des lots offerts à l'encan. Toutefois, les raisons pour lesquelles la locomotive a été transportée dans le Maine demeurent nébuleuses.

Une porte-parole du Bureau de la sécurité des transports du Canada (BST) a fait savoir que personne n'était disponible pour émettre des commentaires à ce sujet.

Jacqueline Roy a également précisé qu'aucun intervenant n'était disponible pour expliquer comment le BST avait pu s'assurer qu'aucun indice n'avait été compromis, ni pourquoi la locomotive a presque été vendue aux enchères.

Dans un courriel, elle déclaré que ce sont des employés de la MMA qui ont déplacé la locomotive dans le Maine, où elle y est maintenue pour le compte du BST.

Jacqueline Roy a noté que le sort de la locomotive n'évoluera pas tant et aussi longtemps que le Bureau de la sécurité des transports du Canada n'aura pas remis son rapport final.

Mme Roy a rappelé que son organisation a déjà longuement examiné la locomotive l'an dernier, entre juillet et décembre.

De son côté, une porte-parole de la Sûreté du Québec a dit qu'elle n'était pas en mesure d'expliquer, pour l'instant, comment la locomotive a pu se retrouver en sol américain.

Aurélie Guindon a fait valoir que l'enquête sur la tragédie relevait de la responsabilité de la SQ, mais que plusieurs autres organisations y ont été mêlées, y compris le BST.

Mme Guindon a souligné que le travail policier est désormais terminé dans le dossier et que des accusations criminelles ont été portées.

La locomotive MMA 5017 a joué un rôle-clé dans le drame ferroviaire du 6 juillet 2013 au cours duquel des wagons chargés de pétrole brut ont explosé en plein coeur de Lac-Mégantic.

Thomas Walsh est donc d'avis que les autorités auraient dû la saisir et s'assurer de garder un contrôle constant sur elle.

Il a lancé que les éventuels jurés voudront savoir si la locomotive sur laquelle ils posent leur regard est dans un état comparable à celui dans lequel elle se trouvait immédiatement après l'accident.

Il a déclaré qu'il était «vraiment surpris de constater qu'elle n'avait pas été entreposée de façon sécuritaire» en prévision d'un possible procès.

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