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Tourisme et lune de miel dans le "califat" islamique d'Irak et de Syrie

23/07/2014 04:03 EDT | Actualisé 21/09/2014 05:12 EDT

Pour leur lune de miel, le jihadiste tchétchène Abou Abdel Rahmane a offert à sa seconde épouse de visiter le "califat" d'Irak et de Syrie à bord du premier bus de tourisme affrété par l'État islamique (EI).

Car cette organisation ultra-radicale connue pour ses exactions -enlèvements, lapidation, décapitation ou flagellation de ses adversaires-, a décidé de promouvoir le tourisme dans la région à cheval entre la Syrie et l'Irak dont il a pris le contrôle ces derniers mois.

Elle organise deux fois par semaine des tours entre Raqa, dans le Nord de la Syrie, et la province d'Anbar, dans l'Ouest de l'Irak, à bord de bus, arborant son étendard noir.

"Les jihadistes sont des romantiques. Juste après son mariage, Abou Abdel Rahmane, âgé de 26 ans, a emmené sa femme syrienne à Anbar", explique à l'AFP avec ironie, Hadi Hamadé, un militant anti-régime et hostile aux extrémistes.

Cependant, dans le bus, les deux tourtereaux n'ont pu s'asseoir côte à côte. "Les femmes sont à l'arrière et les hommes à l'avant. Pendant tout le trajet, le chauffeur a diffusé des chants jihadistes", ajoute-t-il, via internet.

Selon ce militant, qui vit à Raqa et utilise un pseudonyme pour des raisons de sécurité, "le voyage commence à Tal Abyad (à la frontière avec la Turquie) et se termine dans la province irakienne d'Anbar. Vous pouvez descendre où bon vous semble et bien sûr vous n'avez pas besoin de passeport".

Avant de proclamer le "califat", il y a près de trois semaines, les jihadistes avaient annoncé la fin des "frontières héritées du colonialisme" en ouvrant symboliquement une route entre l'Irak et la Syrie. L'EI est né en Irak en 2006 avant de s'étendre en Syrie avec le début de la rébellion contre le régime de Bachar al-Assad, il y a trois ans.

"Bien sûr le voyage n'est pas gratuit. Le prix varie en fonction du trajet", souligne Hadi Hamadé.

- Escortes de combattants armés -

Selon Abou Qoutaiba al Hamadi, un rebelle syrien de la région de Deir Ezzor, ces périples ont débuté juste après la proclamation du califat.

"La majorité de ceux qui profitent de ces bus sont des jihadistes étrangers. Ils communiquent entre eux en anglais et s'habillent à la mode afghane", dit-il à l'AFP.

"Pour cela, il y a un traducteur dans chaque bus qui sert de guide. Les passagers n'ont pas d'armes mais les bus sont escortés par des véhicules avec des combattants armés", précise-t-il.

L'EI contrôle les provinces de Deir Ezzor et Raqa, dans le Nord et l'Est de la Syrie ainsi que des provinces irakiennes au nord et à l'ouest de Bagdad.

Selon Abou Ibrahim al-Raqawi, un autre militant de Raqa, joint via internet, "les tours en bus ont lieu deux fois par semaine, les mercredi et dimanche. Cela fonctionne comme n'importe quelle compagnie de tourisme à part le fait que les bus circulent uniquement dans la région sous contrôle de l'EI".

Mais, selon lui, ces bus sont aussi "populaires" chez les Syriens ayant des parents en Irak.

"Beaucoup d'habitants de la région ont des liens tribaux transfrontaliers et ils utilisent ces bus pour voir leur famille", dit-il.

De nombreuses tribus sont implantées dans des pays différents dans des zones frontalières et certaines ont des membres en Jordanie, en Syrie, en Irak et en Arabie saoudite.

Mais ces bus sont aussi empruntés par "ceux qui font du commerce ou par d'autres qui veulent tout simplement oublier pendant quelques jours les bombardements en Syrie".

ser/sk/sw

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