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Lac-Mégantic: la locomotive du convoi meurtrier est mise aux enchères

23/07/2014 04:00 EDT | Actualisé 21/09/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - La locomotive principale du «train de l'enfer» qui a déraillé et explosé à Lac-Mégantic, tuant 47 personnes et détruisant une partie du centre-ville, sera bientôt mise aux enchères.

La locomotive 5017 de la MMA sera offerte aux acheteurs le 5 août, un mois après le premier anniversaire de la catastrophe, au Derby Rail Yard à Milo, dans le Maine.

La mise de départ pour cette locomotive impliquée dans la pire tragédie ferroviaire de l'histoire du pays a été établie à 10 000 $ US (10 667 $ CAN).

La maison de vente aux enchères n'a pas encore reçu de demandes spécifiques sur la locomotive, mais l'événement devrait attirer plus de spectateurs qu'à l'habitude, estime Adam Jokisch, le président de la société Adam's Auction & Real qui s'occupe des la mise en enchère.

«Cette locomotive est une pièce unique car, après tout, elle a un peu d'histoire derrière elle. Elle ne représente pas un beau morceau d'histoire, bien sûr. Je n'aimerais pas qu'on me fasse souvenir de cet horrible accident», a souligné M. Jokisch.

La MMA 5017 aura de la compagnie. Au total, la vente aux enchères comprendra 25 locomotives appartenant au transporteur ferroviaire désormais en faillite, ainsi que sept unités détenues par une filiale de l'ancienne compagnie-mère de la MMA, Rail World.

La locomotive noire et verte semble avoir évité le pire lors du déraillement. La nuit de la catastrophe, la machine tournant au diesel a poursuivi sa route sur les rails, alors que 63 wagons-citernes contenant du pétrole brut ont déraillé, dévastant le centre-ville de Lac-Mégantic et en y semant le deuil.

Mais comme plusieurs locomotives de la MMA devant être écoulées, cette machine General Electric C-30-7 n'est pas présentement fonctionnelle, selon le document de la maison de vente aux enchères. On mentionne entre autres un «piston défectueux». Plusieurs composantes ont aussi été retirées. D'autres machines de la MMA ne sont pas en parfaite condition, non plus. Certaines ont été recouvertes de graffitis, d'autres ont des pièces manquantes. Certaines unités ne valent sans doute pas plus que leur prix en métal, précise l'annonce publiée en ligne.

La maison de vente se garde bien de trop mettre le passé peu glorieux de la locomotive sous les feux des rampes, se contentant de dire, dans la description de l'item 116 sur son site Internet, que «l'unité MMA 5017 était la locomotive de tête lors d'un déraillement et d'un incendie au Canada». Elle ne précise ni le lieu, ni la date, et surtout ni l'ampleur de la tragédie.

«Nous avons déjà vendu des locomotives usagées pour des prix allant de 25 000 $ US à 300 000 $ US par le passé... cela dépend de la marque et du modèle, et de l'état, bien sûr», dit M. Jokisch.

Les sommes générées par la vente aideront à payer les 3,7 millions $ US que doit la MMA à son créancier, la Banque d'épargne de Bangor, dans le Maine.

Selon le vice-président exécutif de la banque, Yellow Light Breen, l'argent obtenu au cours de l'enchère permettra de rembourser les autres dettes du transporteur ferroviaire insolvable. La banque espère aussi récupérer un peu d'argent de la MMA en vendant certains biens immobiliers. Sans vouloir avancer de chiffres précis, M. Breen espère que les locomotives s'écouleront pour plusieurs millions de dollars.

Quant à la MMA 5017, M. Breen soutient que la banque a «triplement» vérifié pour s'assurer que les autorités n'en avaient plus besoin et qu'il était possible de la vendre.

La banque a-t-elle envisagé de céder la locomotive à un musée ? A-t-elle pensé à la faire démolir, tout simplement ? «Bien sûr, son passé est malheureux et tragique (...) mais est-ce que cela doit nous influencer sur les moyens pour nous en débarrasser ? Je ne peux pas le dire, a reconnu M. Breen. Ceux qui y voient un intérêt historique ou civique devraient contacter la société de vente aux enchères. Nous, à titre d'établissement financier, avons des devoirs envers nos déposants et nos assureurs. Nous devons obtenir les remboursements de nos prêts du mieux que nous pouvons.»

On ignore ce que réserve l'avenir à la MMA 5017.

La gare de triage de Milo, où a été placée la locomotive, a refusé à La Presse Canadienne la permission de pouvoir voir les engins.

Adam's Auction & Real a affiché, sur son site Internet, des rapports d'entretien pour chacune des machines qui seront en vente. Des acheteurs potentiels seront invités à inspecter les locomotives au cours des journées précédant la mise aux enchères. On pourra suivre celle-ci par Internet.

Selon M. Jokisch, la MMA 5017 pourra tirer à nouveau des convois ferroviaire, à condition d'investir une somme assez importante pour la rafistoler. «Parfois, tout est une question d'argent. Cela en vaut-il le coût ? La majorité des locomotives peuvent être réaménagées et remises sur les rails.»

«Si quelqu'un veut s'en servir encore une fois, il va s'assurer qu'elle soit sûr, il va de soi.»

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