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La France élabore difficilement la réforme réduisant le nombre de ses régions

23/07/2014 07:51 EDT | Actualisé 22/09/2014 05:12 EDT

Les députés français devaient voter mercredi sur un projet de réforme territoriale faisant passer les régions de 22 à 13, présenté par le gouvernement de gauche comme un outil de compétitivité pour la France mais qui est loin de faire consensus.

Le projet de loi, qui a été rejeté en première lecture par le Sénat, devrait cependant être adopté à une large majorité par l'Assemblée nationale, grâce à d'âpres tractations, jusqu'à la dernière minute, avec les barons locaux: la carte initialement conçue par le président François Hollande a été modifiée par deux fois.

"Je pense qu'une majorité va se dégager nettement et que cette majorité ira au-delà de la gauche", a estimé mardi le secrétaire d'Etat à la Réforme territoriale André Vallini.

"C'est le sens de l'Histoire que d'avoir de grandes régions puissantes et bien armées avec beaucoup de compétences économiques. Parce qu'aujourd'hui, la compétition économique ne se fait pas seulement entre les pays, elle se fait entre les territoires", a-t-il ajouté mercredi.

Le mariage dans une même entité, accepté sans difficulté, des actuelles régions Poitou-Charente, Aquitaine et Limousin autour d'une grande métropole, Bordeaux (sud-ouest), ou celui de l'Auvergne et de Rhône-Alpes avec Lyon (est) pour capitale répondent à cette logique, jauge le géographe Jacques Lévy, enseignant à l'école polytechnique de Lausanne et à Sciences-po Paris et auteur du livre "Réinventer la France".

Les choses se compliquent avec la Normandie (nord-ouest) passée de deux à une région, mais où deux villes, Rouen et Caen, se disputent déjà le titre de capitale.

Quant à l'union entre le Nord-Pas de Calais et la Picardie, deux territoires ravagés par la crise économique, elle suscite la colère de la maire socialiste de Lille (nord) Martine Aubry, pour qui "on ne fait pas de deux régions pauvres une région riche".

En Alsace également, ses habitants attachés à leurs particularismes autour de Strasbourg digèrent mal leur mariage avec la Lorraine et surtout Champagne-Ardennes.

Les débats à l'Assemblée n'ont pas échappé aux "tropismes locaux" qui ont mis en évidence "une ligne de partage entre ceux qui souhaitaient marquer des périmètres sur une donnée identitaire et d'autres plus à la recherche de complémentarités", analyse le député centriste Michel Piron.

Trois régions métropolitaines seulement restent inchangées, l'Ile de France autour de Paris, Provence-Alpes-Côte d'Azur autour de Marseille, et la Corse protégée par son insularité. Les régions des territoires d'outremer ne sont pas concernées par la réforme.

- Chronologie critiquée -

Selon Jacques Lévy, la réforme initialement lancée "sans concertation" par un exécutif "délégitimé" après deux ans d'exercice mais "voulant montrer qu'il sait réformer", "a fini par trouver une certaine rationalité" grâce à une série de "tâtonnements".

Les députés de l'opposition centriste et les écologistes ont dénoncé "l'improvisation" du gouvernement, mais une majorité d'entre eux devraient au final s'abstenir, tout comme certains élus de l'UMP (droite).

"Les choses peuvent encore bouger", a souligné mercredi André Vallini, car le texte sera examiné en deuxième lecture au Sénat à l'automne, avant son adoption définitive par le Parlement.

Il faudra ensuite "deux ou trois ans pour que les régions fonctionnent ensemble et mettent en commun leurs politiques, notamment économiques", selon le ministre.

Le Parlement sera également saisi à l'automne d'un texte visant à renforcer les compétences de ces grandes régions au détriment des conseils généraux qui gèrent actuellement les 101 départements, un découpage territorial hérité de la Révolution de 1789.

La chronologie est critiquée par le chef de file des députés UMP (opposition) Christian Jacob, pour qui on aurait "dû commencer par les compétences avant le découpage".

L'exécutif est aussi soupçonné d'arrière-pensées électoralistes. C'est l'argument avancé par certains pour expliquer son refus d'un rattachement de Nantes à la Bretagne malgré une histoire commune, de nombreux élus socialistes bretons y étant opposés car craignant la force d'attraction de Nantes.

"On n'imagine pas le gouvernement espagnol effacer la Catalogne, ni le gouvernement britannique proposer de rapprocher le Pays de Galles avec une autre région", a plaidé le parlementaire socialiste Jean-Jacques Urvoas, insistant sur l'impact économique de la marque Bretagne.

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