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Ukraine: les Européens préparent des sanctions dans le secteur de la défense

22/07/2014 01:09 EDT | Actualisé 21/09/2014 05:12 EDT

Les Européens ont décidé mardi de préparer des sanctions contre la Russie dans le secteur de la défense, après le crash d'un avion malaisien attribué à un tir de missile dans l'Est de l'Ukraine, et la pression monte sur la France pour qu'elle renonce à la vente de navires militaires Mistral.

L'UE "appelle la Russie à user de son influence sur les groupes armés afin d'avoir un accès complet, immédiat et sûr" au site du crash et demande "une pleine coopération avec l'enquête indépendante", a indiqué le Conseil des 28 Etats membres dans un communiqué à l'issue d'une réunion des ministres européens des Affaires étrangères.

Les 28 demandent à la Russie d'"arrêter les passages d'armes, d'équipement et d'activistes à la frontière afin d'aboutir à une désescalade rapide et tangible".

Le ministre suédois, Carl Bildt, et son homologue polonais, Radek Sikorski, ont accusé Moscou d'avoir "livré de l'armement lourd aux séparatistes pro-russes". "Le tir qui a abattu l'appareil de la Malaysian Airlines est la conséquence" de ces fournitures d'armes, a accusé M. Bildt.

Les ministres ont décidé d'accélérer la préparation du renforcement des sanctions ciblées contre des personnalités ou des entités, "y compris de Russie", soutenant matériellement ou financièrement "la déstabilisation de l'est de l'Ukraine".

La liste de nouvelles entités et personnes visées par un gel de leurs avoirs et une interdiction de voyager dans l'UE sera finalisée dès jeudi. Le principe avait été décidé la semaine dernière par les chefs d'Etat et de gouvernement.

Mais le crash du vol MH17 de Malaysian Airlines jeudi dernier a changé la donne et augmenté la pression sur les Européens.

La Commission et le service diplomatique de l'UE ont été mandatés pour préparer des sanctions ciblées dans plusieurs secteurs: "accès aux marchés financiers, défense, biens à double usage" civil et militaire, "technologies sensibles, notamment dans le secteur de l'énergie", ce qui comprend notamment le domaine stratégique pour Moscou du pétrole et du gaz.

Ces travaux devront être présentés aux ambassadeurs des Etats membres jeudi.

- Futurs contrats -

Il n'apparaissait pas clairement mardi si ces éventuelles mesures entraient dans le champ des sanctions économiques d'envergure dites de "phase 3", dont l'adoption nécessiterait une nouvelle réunion des chefs d'Etat et de gouvernement, ou si elles resteraient dans le cadre de sanctions ciblées plus limitées.

Elles constituent clairement une menace à l'adresse de Moscou, si la Russie ne répond pas aux demandes occidentales, notamment pour aider le travail des enquêteurs sur le site du crash dans un territoire contrôlé par les séparatistes prorusses en Ukraine.

Même si elles ne visent pas uniquement le secteur de la défense, elles confirment la pression sur la France pour renoncer à la vente de deux navires Mistral à Moscou.

"Il est temps d'arrêter la +mistralisation+ de la politique européenne", a lancé mardi la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, toujours à la pointe du combat pour dénoncer l'attitude de la Russie et demander une action plus déterminée des Européens. "L'Europe doit oser se montrer unie face au terrorisme", a ajouté la présidente de cette ex-république soviétique, connue pour son franc-parler contre la Russie.

"Livrer des armes à la Russie est une position difficile à défendre", selon Carl Bildt.

Mais ses homologues allemand et britannique ont souligné que d'éventuelles sanctions en matière de défense concerneraient de "futurs contrats". "C'est une question pour le gouvernement français", a cependant déclaré le Britannique Philip Hammond se félicitant de la "détermination" des Européens.

Lundi, le Premier ministre britannique David Cameron avait appelé l'UE à adopter des sanctions économiques d'envergure contre la Russie et à cesser toute vente d'armes. "Franchement, il serait impensable de mener à bien une commande comme celle des Français", avait-il martelé, estimant qu'on ne pouvait "pas continuer à faire des affaires" avec la Russie "comme si de rien n'était".

Le contrat des deux navires Mistral, conclu en 2011 pour un montant de quelque 1,2 milliard d'euros, est dans le collimateur depuis le début de la crise en Ukraine. Le président Barack Obama avait, lui aussi, exprimé son "inquiétude" au mois de juin.

La livraison du premier Mistral, le "Vladivostok", est prévue à l'automne et le président François Hollande a déclaré lundi soir qu'elle aurait bien lieu. Selon lui la livraison du second, le "Sébastopol", dépendra de "l'attitude" de Moscou dans le conflit ukrainien. "Mais à ce stade, il n'y a pas de sanction décidée qui nous obligerait à renoncer", a-t-il souligné.

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