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Ukraine: les Européens débattent des sanctions, les Mistral français en question

22/07/2014 04:34 EDT | Actualisé 20/09/2014 05:12 EDT

Les Européens débattaient mardi d'un renforcement des sanctions contre Moscou, après le crash d'un avion malaisien dans l'est de l'Ukraine, et la pression montait sur la France pour qu'elle renonce à la vente de navires militaires Mistral à la Russie.

"Il est temps d'arrêter la +mistralisation+ de la politique européenne", a lancé la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, toujours à la pointe du combat pour dénoncer l'attitude de la Russie et demander une action plus déterminée des Européens. "L'Europe doit oser se montrer unie face au terrorisme", a ajouté la présidente de cette ex-république soviétique.

"Le moment est venu de décréter un embargo sur les armes et de se réveiller un peu", a renchéri son ministre des Affaires étrangères, Linas Linkevicius, en arrivant à une réunion avec ses homologues européens à Bruxelles. "Livrer des armes à la Russie est une position difficile à défendre", a taclé le Suédois Carl Bildt.

"Nous devons envoyer un message clair", a lancé le nouveau ministre britannique, Philip Hammond. "Nous devrions envisager une interdiction de toutes les ventes d'équipement militaire, des navires, différents types de technologie, cela doit cesser".

Lundi, le Premier ministre britannique David Cameron avait lancé l'offensive en appelant l'UE à adopter des sanctions économiques d'envergure, dites de "phase 3", contre la Russie, et à cesser toute vente d'armes à ce pays. "Franchement, il serait impensable de mener à bien une commande comme celle qu'ont les Français", avait-il martelé, estimant qu'on ne pouvait "pas continuer à faire des affaires" avec la Russie "comme si de rien n'était".

- "Actions plus déterminées" -

Le contrat des deux Mistral, conclu en 2011 pour un montant de quelque 1,2 milliard d'euros, est dans le collimateur depuis le début de la crise en Ukraine. Le président Barack Obama avait lui aussi exprimé son "inquiétude" au mois de juin.

Mais le crash la semaine dernière d'un Boeing de la Malaysian Airlines, qui a fait près de 300 morts et est imputé aux séparatistes prorusses de l'est de l'Ukraine, a accru la pression sur Paris.

Dénonçant devant la Commission des Affaires étrangères du Parlement européen "les terroristes menés par la Russie", le ministre ukrainien Pavlo Klimkine, présent lui aussi à Bruxelles, a estimé que la crise avait atteint un point de "non retour".

La livraison du premier Mistral, le "Vladivostok", est prévue à l'automne. Lundi soir, le président François Hollande a affirmé qu'elle aurait bien lieu, en soulignant que la Russie avait "payé". Mais il a affirmé que la livraison du second, le "Sébastopol", "dépendra de l'attitude" de Moscou dans le conflit ukrainien.

Début juin, Vladimir Poutine avait mis la France en garde contre une annulation du contrat, en soulignant que Moscou exigerait alors des dédommagements, et que cela pourrait mettre en danger l'ensemble de la coopération militaire entre les deux pays.

La phase 3 des sanctions, qui nécessiterait un sommet des chefs d'Etat et de gouvernement, comporte des mesures susceptibles d'affecter gravement l'économie russe: outre les ventes d'armes, elles pourraient toucher également les activités financières des oligarques russes à la City de Londres et les entreprises allemandes très implantées en Russie.

La semaine dernière, les dirigeants de l'UE ont décidé d'allonger la liste des personnalités et des entités russes accusées de soutenir les séparatistes, et visées par des gels de leurs avoirs.

Mais c'était juste avant le crash de l'avion malaisien. "Nous restons prêts à aider à la désescalade de la situation" en Ukraine "avec des mesures politiques et diplomatiques", a déclaré mardi le ministre allemand Frank-Walter Steinmeier. "Mais il va être nécessaire de compléter cela avec une pression plus forte, ce qui signifie des actions plus déterminées".

Parallèlement, l'UE a officiellement mis en place mardi une mission civile en Ukraine (EUAM Ukraine), destinée à aider les autorités de Kiev à réformer leurs forces de sécurité civile, notamment la police. Cette mission d'une durée initiale de deux ans entre dans le cadre des actions menées par les Européens pour aider l'Ukraine après sa décision de se rapprocher de l'UE.

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