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Projet d'inversion d'oléoduc Portland-Montréal: motion préventive au Maine

22/07/2014 04:47 EDT | Actualisé 20/09/2014 05:12 EDT

MONTRÉAL - En adoptant une résolution qui interdit le transfert de pétrole brut à bord de pétroliers océaniques à partir de son port, la municipalité de South Portland, dans l'État du Maine, vient de lancer un signal à l'effet que l'or noir albertain n'est pas le bienvenu en ville.

«Je pense que c'est une bonne façon de faire de la gestion de risque», a résumé mardi le maire Jerry Jalbert en entrevue téléphonique avec La Presse Canadienne.

Le premier magistrat a dit qu'il se réjouissait de ce vote, qui vient sceller l'opposition de la ville à l'inversion du flux de l'oléoduc devant transporter du pétrole brut de l'Alberta jusqu'au Maine, en passant par Sarnia, en Ontario, et Montréal.

«En fait, cela les empêche de faire circuler le pétrole des sables albertains de Montréal à South Portland. L'une des idées derrière la motion, c'est de limiter les émissions de gaz à effet de serre», a expliqué M. Jalbert.

Le maire a néanmoins précisé que les représentants de Pipe-lines Portland Montréal (PLPM) — compagnie qui exploite le réseau d'oléoduc — l'avaient assuré que le projet d'inversion entre Montréal et Portland n'était pas dans les cartons.

«Ce que les dirigeants ont dit, c'est qu'il n'y avait pas de projet actuellement, a indiqué M. Jalbert. Et ils ont été très cohérents là-dessus: ils ont dit la même chose à chaque fois qu'une personne posait une question sur l'inversion.»

Greenpeace n'en croit pas un mot — ou à tout le moins, l'organisation environnementale tient à attirer l'attention sur le terme «actuellement».

Selon Keith Stewart, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace, les dirigeants de la société tentent d'endormir leurs détracteurs en soutenant qu'ils n'ont pas l'intention de revenir à la charge.

Le projet «Trailbreaker», annoncé en 2008, consistait à inverser le flux de la Ligne 9 d'Enbridge de Sarnia à Montréal et l'oléoduc Portland-Montréal. Il a été abandonné en raison du ralentissement économique et d'une poursuite judiciaire intentée par un citoyen de Dunham.

«Tout le monde s'attend à ce qu'ils reprennent le projet», a laissé tomber M. Stewart en entrevue téléphonique.

D'après lui, la stratégie de PLPM consiste à morceler le projet pour le faire approuver petit à petit.

«C'est clair que les patrons du pipeline veulent exporter les sables bitumineux. Ils disent que non, mais ils vont attendre de compléter l'inversion jusqu'à Montréal, et ensuite, ils vont revenir en disant: 'Voilà, maintenant, il faut aller jusqu'à Portland'», a-t-il soutenu, saluant au passage la résolution adoptée par les élus de South Portland.

«Les citoyens et l'administration de Portland ont pris une décision très intelligente. Ils ont dit: 'Non, n'essayez pas de nous enfoncer ce projet dans la gorge' en adoptant cette motion», a fait valoir l'environnementaliste.

L'entreprise a avalé de travers la décision du conseil municipal.

«Nous sommes déçus par le résultat de la résolution, mais nous ne sommes pas surpris. Ce processus, biaisé depuis le tout début, a mené à un résultat subjectif», s'est insurgé le vice-président de PLPM, Thomas Hardison, dans un communiqué transmis lundi soir.

«Le vote représente un votre contre l'emploi, contre l'énergie et contre les travailleurs et il résulte d'un jugement prématuré de certains conseillers municipaux, qui ont ignoré la science en faveur de la peur, appuyés dans leur démarche démagogique par un groupe d'activistes opposés à l'exploitation du pétrole», a-t-il poursuivi.

Un porte-parole montréalais de PLPM a par ailleurs assuré que la compagnie ne planchait «vraiment pas» sur l'inversion du flux de pétrole brut de l'ouest vers l'est et que les élus de South Portland avaient agi de façon «exagérée» et «disproportionnée» en adoptant cette résolution à six voix contre une.

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