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La France ira de l'avant avec la vente d'un navire militaire à la Russie

22/07/2014 04:22 EDT | Actualisé 20/09/2014 05:12 EDT

BRUXELLES - La France a annoncé mardi qu'elle irait de l'avant avec la vente d'un navire militaire à la Russie, malgré des appels répétés pour l'imposition d'un embargo sur les armes à destination de ce pays, démontrant de fait comment les liens commerciaux tissés en Europe nuisent à la capacité de l'Union européenne à punir le Kremlin pour la crise en Ukraine.

Les chancelleries occidentales répètent que la Russie appuie les insurgés de l'Est ukrainien qui auraient abattu un avion de ligne de Malaysia Airlines, la semaine dernière, tuant les 298 personnes se trouvant à bord.

Les ministres européens des Affaires étrangères se sont réunis mardi pour envisager de nouvelles sanctions contre la Russie, mais ne se sont entendus que sur l'ajout de nouveaux gels d'avoirs contre des individus, évitant ainsi le secteur économique.

Certains pays, comme la Grande-Bretagne, ont plaidé que l'écrasement de l'avion avait fait monter les enchères et que l'Europe ne devrait pas y aller de main morte avec la Russie. D'autres nations ont toutefois fait preuve de plus de prudence, craignant de nuire à leurs relations commerciales — l'Allemagne, par exemple, importe le tiers de son énergie de Russie, et Paris a vendu deux navires militaires à Moscou, ce qui en fait la plus importante vente de matériel militaire de l'OTAN à la Russie.

Selon le ministre allemand des Affaires étrangères, Frank-Walter Steinmeier, un embargo sur les ventes d'armes à la Russie a fait l'objet de discussions, mardi, le sujet étant mis de l'avant par Londres et d'autres pays, mais les membres de l'UE ne se sont entendus que sur des restrictions pour les «contrats à venir» — ce qui signifie que l'Élysée pourra aller de l'avant avec ses ventes de navires de guerre.

Lundi soir, le président français François Hollande avait mis en garde contre les coûts de l'annulation de ce contrat. Le premier des deux navires est pratiquement terminé et doit être livré en octobre. «Les Russes ont payé. Nous devrions rembourser 1,5 milliard $ US», a-t-il dit. L'accord ne tomberait d'ailleurs pas sous le coup d'éventuelles sanctions, a poursuivi le chef d'État français, puisqu'il a été conclu en 2011. Des responsables français ont par ailleurs souligné que le bateau sera livré sans arsenal.

Chaque navire peut transporter 700 militaires, 15 hélicoptères de combat et jusqu'à 50 véhicules blindés.

Pour M. Hollande, la livraison du deuxième navire de guerre pourrait «dépendre de l'attitude de la Russie».

De son côté, le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Pavlo Klimkin, a qualifié la vente de violation du code de conduite de l'Union européenne, qui interdit aux États membres d'exporter des armes si cela «provoquerait ou prolongerait des conflits armés, ou aggraverait des tensions existantes».

Son homologue néerlandais a affirmé que l'UE imposera de nouvelles sanctions contre les responsables des interventions de la Russie en Ukraine. La décision a été prise mardi par les ministres des Affaires étrangères des 28 pays de l'UE. Le ministre néerlandais, Frans Timmermans, a affirmé que la décision ferme de l'UE imposait des interdictions de visas et le gel d'actifs envers plus de responsables.

Il a ajouté que les ministres avaient appelé l'exécutif du bloc de 28 pays à mettre la table pour plus de sanctions économiques — devant notamment s'attaquer aux secteurs des armes, de l'énergie et des finances — si la Russie ne retraite pas dans sa déstabilisation de l'Ukraine.

Le ministre Timmermans n'a pas précisé combien de responsables seraient touchés par les nouvelles sanctions, et n'a donné aucun nom.

Le ministre représentant la Lituanie, Linas Linkevicius, a imputé la destruction de l'avion à des terroristes soutenus par la Russie. Il en a appelé à l'imposition d'un embargo sur les armes, visant ainsi directement la France.

Pour sa part, le Conseil de sécurité de l'ONU a approuvé lundi, à l'unanimité, une résolution australienne demandant la tenue d'une enquête internationale sur l'écrasement de l'avion. La résolution exige qu'elle soit indépendante, complète et approfondie, et réclame des séparatistes prorusses qu'ils permettent l'accès complet au site, et ne touchent pas aux débris, aux bagages ou aux restes des victimes.

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