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Crash: Les corps arrivent à Kharkiv, concessions rebelles, avant possibles sanctions européennes

22/07/2014 06:17 EDT | Actualisé 21/09/2014 05:12 EDT

Les corps des passagers du vol MH17 sont arrivés mardi à Kharkiv, en zone loyaliste, les rebelles prorusses ayant autorisé leur départ et remis les boîtes noires aux experts malaisiens, juste avant que les Européens n'abordent de nouvelles sanctions contre la Russie.

Le train composé de cinq wagons réfrigérés avec l'inscription "Donbass" a terminé sa course dans l'enceinte de l'usine de chars Malychev, a constaté un reporter de l'AFP.

Interdite d'accès, l'immense zone de l'usine est très bien protégée par de hauts murs et la voie ferrée passe à l'intérieur de l'enceinte du bâtiment. A travers les grilles de la porte principale on apercevait des véhicules kaki marqués d'une croix rouge qui pourraient être des laboratoires. A côté, une ambulance et derrière, une grande tente blanche protégée de rubans rouge et blanc.

Les dépouilles devaient être remises à une délégation néerlandaise pour être transportées par avion à Amsterdam où elles seront identifiées avant d'être remises aux familles.

- Gestes d'apaisement -

Les gestes d'apaisement des rebelles à l'égard de la communauté internationale, accompagnés d'un cessez-le-feu décrété par les séparatistes autour du site du crash, ont été doublés d'un communiqué russe de même inspiration.

"La Russie est prête à fournir une aide complète (à l'enquête sur la chute de l'avion), y compris en mobilisant les spécialistes appropriés", a indiqué le ministère russe des Affaires étrangères.

"Nous croyons qu'une telle catastrophe doit être élucidée avec la participation active de l'Organisation de l'aviation civile internationale", qui dépend de l'ONU, ajoute le ministère.

Pour un expert ukrainien, ces avancées, réelles ou verbales, et la menace de sanctions occidentales semblent liées.

"A coup sûr, l'Occident a fait pression sur la Russie et la Russie à son tour sur eux (les rebelles), parce qu'elle était obligée de le faire", a déclaré à l'AFP le politologue de l'université Kiev-Moguila Oleksiï Garan.

"Poutine a peur de sanctions, avec l'affaire de l'avion il est devenu la victime d'un dispositif qu'il préparait pour frapper quelqu'un d'autre", poursuit-il, tout en observant que les rebelles ont gardé les boîtes noires un certain temps et qu'"on ignore ce qu'ils auraient pu en faire". De même, "ils n'ont pas laissé les inspecteurs internationaux accéder aux lieux de la catastrophe, et on ne sait pas quelles preuves ont pu disparaître pendant ce temps".

Les Européens débattaient mardi d'un renforcement des sanctions contre Moscou, et la pression montait sur la France pour arrêter la vente de navires militaires français Mistral à la Russie.

"Il est temps d'arrêter la +mistralisation+ de la politique européenne", a lancé sur son compte Twitter la présidente lituanienne, Dalia Grybauskaité, toujours à la pointe du combat pour dénoncer l'attitude de la Russie.

Le nouveau ministre britannique, Philip Hammond, prônait pour sa part "une interdiction de toutes les ventes d'équipement militaire, des navires, différents types de technologie".

Le ministre français, Laurent Fabius, ne s'est pas exprimé sur l'Ukraine.

- Site altéré "à une échelle industrielle" -

L'est de l'Ukraine est déchiré depuis plus de trois mois par un conflit armé entre les séparatistes prorusses et les loyalistes, qui accusent Moscou de soutenir les rebelles. Ces derniers sont soupçonnés par Kiev et les Occidentaux d'avoir abattu l'avion de ligne malaisien avec un missile Bouk fourni par la Russie, faisant 298 morts. Ils l'auraient fait par erreur, pensant viser un appareil militaire ukrainien.

Pour bien des Occidentaux, les inflexions dans l'attitude des séparatistes et de Moscou ne semblent pas suffisantes.

Le site du crash a été altéré "à une échelle industrielle", a déclaré mardi le Premier ministre australien Tony Abbott, évoquant "une tentative de maquiller les preuves" de la catastrophe où ont péri 28 Australiens.

L'Iata, l'organisation qui regroupe l'ensemble des compagnies aériennes dans le monde, a dénoncé mardi un "crime odieux".

L'avion était "clairement identifié comme étant un vol commercial. Et il a été abattu, en totale violation du droit international, des normes et des conventions", alors qu'il volait à une altitude considérée comme "sûre", a déclaré le directeur général de l'Iata (Association internationale du transport aérien), Tony Tyler, dans un communiqué.

L'Ukraine a appelé mardi les pays dont les citoyens avaient péri dans la chute de l'avion malaisien à envoyer leurs policiers sur le site du crash afin d'en préserver "l'inviolabilité" et contribuer à l'enquête.

Sur le terrain, où l'armée ukrainienne a cherché lundi à avancer à Donetsk et dans la région de Lougansk, des affrontements ponctuels se poursuivaient mardi. L'administration régionale de Lougansk signalait 5 morts parmi la population civile au cours des dernières 24 heures.

Et pour Kiev, la menace militaire russe ne faiblit pas.

Plus de 40.000 soldats russes sont massés à la frontière russo-ukrainienne ainsi que des centaines d'armes lourdes, a déclaré le secrétaire du conseil de sécurité nationale et de défense ukrainien Andriï Paroubiï devant le Parlement. 150 chars, 400 blindés et 500 systèmes d'artillerie russes se trouvent près de la frontière en face de Donetsk, a-t-il dit.

tib-via/neo/ros

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