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Cimenterie de Port-Daniel : le ministre David Heurtel à nouveau contredit

22/07/2014 03:49 EDT | Actualisé 22/07/2014 03:49 EDT
SRC

Le ministre de l'Environnement, David Heurtel, se défend d'avoir signé lui-même en juin le certificat d'autorisation environnementale du projet de cimenterie de Port-Daniel-Gascons.

« Des certificats d'autorisation, c'est remis au ministère et ce sont les experts du ministère qui analysent les demandes de certificat d'autorisation et qui les approuvent. Ce n'est pas une décision politique, c'est très important de préciser ça », a déclaré le ministre en entrevue à Radio-Canada.

Le président de l'Association québécoise contre la pollution atmosphérique (AQCPA), André Bélisle, se dit renversé par la déclaration du ministre.

Il reconnait que c'est le ministère de l'Environnement qui procède à l'étude des dossiers, mais ajoute M. Bélisle, tout cela aboutit sur le bureau du ministre responsable.

« À moins, note André Bélisle, que la loi ait changé depuis la semaine dernière, ce qui me surprendrait beaucoup parce que je suis les choses de près, le ministre est la personne qui signe les certificats d'autorisation. »

Le président de l'AQCPA se dit par ailleurs très surpris des déclarations du ministre Heurtel au sujet du projet de cimenterie : « Ce projet a un parcours pour le moins inhabituel et cela relève de la politique sûrement. »

BAPE demandé

André Bélisle est toutefois d'accord avec David Heurtel lorsque le ministre affirme que le fait « d'autoriser ce certificat n'a aucun effet sur l'application ou pas des dispositions législatives et réglementaires sur la tenue d'un BAPE ».

Il est effectivement encore temps de demander une analyse du Bureau d'audiences publiques sur l'environnement, soutient M. Bélisle, même si le ministre de l'Environnement soutient toujours que le projet échappe au processus puisqu'il a été lancé en 1995, quelques mois avant l'adoption des modifications à la Loi sur la qualité de l'environnement.

« C'est le monde à l'envers, le projet dont il est question maintenant n'a rien à voir avec le projet de 1995 », commente le président de l'AQCPA.

M. Bélisle rappelle que non seulement la future cimenterie produira deux fois plus que ce qui était prévu en 1995 et que son principal combustible sera de la coke de pétrole en provenance des sables bitumineux de l'Alberta, ce qui n'était pas dans les cartons de l'époque.

« Il ne faut pas oublier, souligne André Bélisle, qu'au Québec on a des objectifs de réduction de gaz à effet de serre que ce projet met en danger, ça deviendrait la plus grande source de gaz à effet de serre (GES) au Québec et ça deviendrait le plus gros incinérateur à déchets pétroliers et ça, ça n'était pas prévu. » L'usine de ciment pourrait émettre jusqu'à 2 millions de tonnes par année de GES.

Le ministre Heurtel admet que le projet a changé, notamment en ce qui a trait à sa capacité de production. Il souligne toutefois que l'entreprise a produit une mise à jour environnementale puis l'a bonifiée à la suite de l'analyse du ministère qui a demandé des modifications. Ce n'est, explique M. Heurtel, qu'après tout ce processus que le projet a été jugé recevable.

André Bélisle rappelle que c'est la compagnie qui a effectué sa propre évaluation environnementale. « L'histoire de l'utilisation du coke de pétrole, dit-il, c'est aussi de gérer des centres d'incinération qui sont très toxiques. Qu'est-ce qu'on va faire avec ça? On ne peut plus mélanger ça à la poudre de ciment. Tout ça doit être demandé de manière très claire et on ne peut pas demander à la compagnie d'établir son propre bilan. »

David Heurtel assure qu'un suivi environnemental rigoureux sera effectué à toutes les étapes du projet.

Le projet sera aussi soumis à la loi sur les émissions de gaz à effet de serre, ajoute le ministre Heurtel.

« Ce qu'il faut faire, précise David Heurtel, c'est effectuer une transition de notre économie. Nous devons mettre en place des actions concrètes pour concilier développement économique et protection de l'environnement. On va travailler avec Ciment McInnis pour trouver des combustibles moins polluants. »

André Bélisle continue de croire que le BAPE demeure la meilleure option pour analyser vraiment les conséquences du projet.

« Malheureusement aujourd'hui, le ministère de l'Environnement n'a plus les moyens de ses ambitions. On peut mettre sur la table plein de plans, mais de là à les réaliser, j'ai un doute », estime le président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique.

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