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La France, caisse de résonance du conflit israélo-palestinien

21/07/2014 11:30 EDT | Actualisé 20/09/2014 05:12 EDT

Les violences en France en marge de manifestations contre l'offensive israélienne à Gaza, les seules en Europe à avoir dégénéré, s'expliquent par la présence de fortes communautés juive et arabo-musulmane liées à l'histoire coloniale du pays mais aussi à l'interdiction de certains rassemblements, selon des experts.

La ville de Sarcelles, banlieue parisienne parfois surnommée "la petite Jérusalem" en raison d'une importante communauté juive d'Afrique du Nord, s'est réveillée lundi avec des policiers à tous les coins de rue, la chaussée tapissée de détritus et de verre brisé au lendemain d'affrontements après une manifestation propalestinienne interdite.

"Un tel déferlement de haine et de violence, c'est du jamais vu à Sarcelles. Ce matin, les gens sont abasourdis et la communauté juive a peur", a affirmé François Pupponi, maire socialiste de la ville.

A rebours de ses voisins, la France avait interdit ce week-end deux manifestations, à Sarcelles et Paris, après des heurts la semaine dernière à Paris à proximité d'une synagogue. D'autres manifestations en province, qui n'avaient pas été interdites, se sont déroulées pacifiquement.

Si l'offensive israélienne contre l'enclave palestinienne de Gaza depuis le 8 juillet -- le conflit le plus sanglant en cinq ans -- connaît un écho particulier en France, c'est d'abord parce que le pays compte les plus importantes communautés juive (500.000 personnes) et musulmane (entre 3,5 et cinq millions) d'Europe.

Ce n'est pas la première fois que le conflit israélo-palestinien provoque des violences en France qui avait déjà connu une vague d'actes antisémites lors de la deuxième intifada, en 2000.

"Le conflit suscite beaucoup plus qu'ailleurs les passions, les oppositions, les stigmatisations", souligne le chercheur Pascal Boniface, auteur de "La France, malade du conflit israélo-palestinien".

- Identification aux Palestiniens -

En France, la communauté musulmane, majoritairement d'origine maghrébine, est plus sensibilisée à la cause palestinienne que dans d'autres pays d'Europe où les musulmans sont originaires de l'extérieur du monde arabe, comme en Grande-Bretagne où elle vient en partie d'Asie du Sud, relève Marc Hecker, chercheur à l'Institut français des relations internationales (Ifri).

Pour le sociologue Michel Wieviorka, "certains Français issus de l'histoire coloniale et post-coloniale vont s'identifier (aux Palestiniens) sans que cela corresponde à leur propre histoire".

"Ils vont faire de ce qui se passe là-bas le symbole de leurs malheurs, leurs ressentiments, leurs critiques et vont par conséquent plaquer en France, sur leur propre existence, des éléments qu'ils vont emprunter à la situation proche-orientale", analyse-t-il.

"D'autres considèrent qu'il y a un choc des civilisations, que l'Occident est en guerre contre l'islam, et qu'Israël, c'est la pointe avancée de l'Occident en terre d'islam", souligne-t-il.

Pour Pascal Boniface, le passé de la France continue par ailleurs de nourrir les rancoeurs: "la rafle du Vélodrome d'hiver (plus grande arrestation de juifs en France pendant la Seconde guerre mondiale) est commémorée mais le fait que l'histoire coloniale n'ait pas été autant remise en cause donne aux jeunes (issus de l'immigration) l'impression d'être moins acceptés".

M. Boniface estime aussi que l'interdiction des manifestations au cours du week-end a radicalisé une partie des manifestants.

"Ceux qui soutiennent les Palestiniens ont l'impression d'être victimes d'une double injustice : ils estiment que le gouvernement français ne prend pas assez ses distances avec Israël et que l'interdiction de manifester est un déni de leur droit d'expression", souligne-t-il.

"L'exception française, ce ne sont pas les manifestations en soutien aux victimes de Gaza : il y en a partout dans le monde, même en Israël. C'est l'interdiction de manifester", dénonce également Eric Fassin, chercheur à l'Institut de recherche interdisciplinaire sur les enjeux sociaux.

Le gouvernement de gauche a justifié l'interdiction des manifestations à Paris et Sarcelles par crainte de "troubles à l'ordre public" après qu'une première manifestation dans la capitale eût dégénéré et donné lieu à des violences et des mots d'ordre antisémites.

Devant la synagogue de Sarcelles, de nombreux juifs affluaient lundi. "Je n'ai pas dormi de la nuit, je n'étais pas tranquille. Des gens de tous bords vivent ici ensemble, on ne comprend pas", confiait un homme de 67 ans dont la voiture a été détruite par les casseurs et qui n'a pas souhaité donner son nom.

Les responsables des religions juive, musulmane, chrétienne et bouddhiste, reçus lundi après-midi par le président François Hollande, ont souligné à leur sortie leur engagement à lutter contre l'antisémitisme et à défendre le "vivre ensemble" en France.

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