NOUVELLES

Indonésie: vers une victoire de Jokowi à la présidentielle disputée

21/07/2014 12:45 EDT | Actualisé 19/09/2014 05:12 EDT

Le gouverneur de Jakarta Joko Widodo, surnommé Jokowi, devrait être déclaré mardi vainqueur de l'élection présidentielle du 9 juillet en Indonésie, mais son rival va probablement contester les résultats devant la Cour constitutionnelle, risquant de prolonger l'incertitude politique pendant des semaines.

Jokowi et l'ex-général Prabowo Subianto avaient tous deux crié victoire après la clôture du scrutin le plus disputé dans la troisième démocratie au monde depuis la chute du dictateur Suharto en 1998, alors que des estimations réalisées à partir d'échantillons de bulletins de vote avaient donné près de 53% des suffrages au gouverneur de Jakarta, contre un peu plus de 47% à son rival.

"L'élection a été très polarisée, avec des résultats très serrés, ce que nous n'avions jamais vraiment eu auparavant", a déclaré Kevin Evans, un analyste indonésien de longue date.

Après avoir fait une ascension fulgurante en politique, Jokowi est appelé à devenir le premier président indonésien sans aucun lien avec le régime autocratique du passé, marquant l'avènement d'une nouvelle génération d'hommes politiques dans le plus grand pays musulman au monde, avec près de 250 millions d'habitants.

Par contraste, Prabowo Subianto, qui fut le chef des forces spéciales durant le régime de Suharto, dont il a été un temps le gendre, est accusé par les ONG de violations des droits de l'homme.

Les résultats doivent être annoncés mardi, à l'issue d'un décompte à la main de 130 millions de bulletins de vote dans l'archipel de 17.000 îles et îlots, qui s'étend de Sumatra à la Papouasie, sur une distance équivalente à celle séparant Londres de New York.

- Tensions exacerbées -

Depuis la publication il y a deux semaines des estimations plaçant Jokowi devant Prabowo, les tensions de sont exacerbées en raison de multiples accusations de fraudes et de tricherie de part et d'autre. Un important dispositif policier a ainsi été mis en place pour l'annonce officielle des résultats.

Le chef de l'Etat sortant, Susilo Bambang Yudhoyono, a appelé les deux candidats à s'abstenir de toute manifestation publique par crainte de violences, 16 ans après la chute du régime de Suharto qui avait provoqué des échauffourées faisant des dizaines de morts.

Les investisseurs de la première économie d'Asie du Sud-Est espèrent une victoire de Jokowi, considéré comme un dirigeant honnête qui n'a été mêlé jusqu'ici dans aucune affaire judiciaire, contrairement à nombre d'autres hommes politiques de ce pays, l'un des plus corrompus au monde.

Refusant de concéder la défaite depuis l'annonce des estimations très fiables le donnant à près de six points derrière son rival, Prabowo a de nouveau accusé dimanche le camp Jokowi de s'être livré à des fraudes massives lors du décompte des bulletins, réclamant le report de l'annonce des résultats, afin d'examiner les litiges présumés.

"La légitimité de ce processus est très, très, contestable", a déclaré l'ex-général.

Mais la commission électorale a rejeté cette demande. L'un des membres de la prestigieuse institution, Arief Budiman, a déclaré selon des médias locaux que les résultats seraient annoncés mardi comme prévu.

Mais même si Jokowi est déclaré vainqueur, la lutte ne sera pas terminée pour autant, dans la mesure où Prabowo entend contester les résultats devant la Cour constitutionnelle en raison de soupçons de fraudes massives, a réaffirmé dimanche l'un des porte-parole de l'ex-général.

La juridiction suprême aurait alors jusqu'à fin août pour se prononcer. Mais quelle que soit l'issue de toute procédure, le nouveau président sera investi seulement octobre, après le départ de l'actuel chef de l'Etat.

Et il devra entreprendre des réformes impopulaires telles l'amélioration de la faible productivité de la main-d'oeuvre ou la réduction des coûteuses subventions accordées pour l'essence -- son prix est l'un des plus bas de la région --, afin de relancer l'économie dont le rythme de croissance autour de 6% depuis une décennie a légèrement ralenti depuis un an.

sr/bfi/bap

PLUS:hp