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Les chrétiens d'Irak, une communauté menacée et poussée à l'exil

19/07/2014 01:24 EDT | Actualisé 18/09/2014 05:12 EDT

Les chrétiens d'Irak, dont des dizaines de milliers ont fui jeudi après que les jihadistes eurent pris le contrôle de plusieurs villes du Nord, sont une communauté menacée, et nombre d'entre eux ont déjà quitté le pays ces dernières années.

Des jihadistes se sont emparés jeudi de Qaraqosh, la plus grande ville chrétienne d'Irak et d'autres zones près de Mossoul. Les combattants de l'Etat islamique (EI) ont pris position dans la nuit, après le retrait des forces kurdes, ont expliqué des habitants.

Selon le patriarche chaldéen Louis Sako, qui évoque "un désastre humanitaire", les jihadistes ont poussé à la fuite 100.000 chrétiens, et ont retiré les croix des églises.

Déjà, à la mi-juillet, les chrétiens de Mossoul, deuxième ville d'Irak, ont fui en masse après avoir reçu un ultimatum de l'EI, qui contrôle depuis juin cette ville et de vastes pans de territoire dans le Nord, l'Ouest et l'Est.

Cette expulsion a provoqué une vive émotion en Occident, et le gouvernement français s'est dit prêt à favoriser l'accueil en France des chrétiens d'Irak.

Avant l'invasion américaine de 2003, la population chrétienne de l'Irak, était estimée à plus d'un million, dont plus de 600.000 à Bagdad, 60.000 à Mossoul, mais également dans la ville pétrolière de Kirkouk (nord) et à Bassora (sud).

Ils n'étaient plus depuis qu'environ 400.000 sur l'ensemble du territoire, dont la moitié dans la province de Ninive, dont Mossoul est le chef-lieu.

Le patriarche Sako avait évalué à 35.000 le nombre de chrétiens présents à Mossoul avant le début de l'offensive de l'EI. Presque tous ont fui la ville avant l'expiration de l'ultimatum, selon lui.

Selon la tradition, le christianisme est arrivé en Irak avec l'apôtre Saint Thomas quelques dizaines d'années après la mort de Jésus. Plus vraisemblablement, la christianisation du pays remonte au IIe siècle de notre ère.

Les Chaldéens, qui représentent la grande majorité des chrétiens d'Irak, forment une communauté catholique de rite oriental. L'Eglise chaldéenne, dont la liturgie se fait dans une langue dérivée de l'araméen --la langue parlée par Jésus--, est considérée comme l'une des plus anciennes églises chrétiennes.

Elle est issue de la doctrine nestorienne à laquelle elle a renoncé au XVIème siècle tout en conservant ses rites. Les autres catholiques sont les syriaques catholiques, des Arméniens catholiques et des catholiques latins.

Parmi les non-catholiques, les plus nombreux sont des Assyriens (nestoriens) et les autres des syriaques orthodoxes ou des Arméniens orthodoxes.

Sous le régime de Saddam Hussein, les chrétiens n'étaient pas considérés comme une menace. Mais après l'invasion américaine, le pays est devenu un champ de bataille entre insurgés et troupes étrangères, puis a sombré dans une guerre confessionnelle. La communauté chrétienne, associée aux "croisés" occidentaux, a été visée à de nombreuses reprises.

En dix ans, une soixantaine d'églises ont été attaquées et un millier de chrétiens tués, mais pas tous dans des attaques ciblées, selon le patriarche chaldéen. En octobre 2010, 44 fidèles et deux prêtres avaient été tués dans un attentat revendiqué par Al-Qaïda contre la cathédrale syriaque-catholique.

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