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L'empire Espirito Santo vacille, sa holding principale dépose son bilan

18/07/2014 04:41 EDT | Actualisé 17/09/2014 05:12 EDT

La holding principale de l'empire portugais Espirito Santo, premier actionnaire de la banque BES, a demandé vendredi à être placée en redressement judiciaire, une annonce qui a provoqué une onde de choc dans le secteur financier du pays.

Tout juste sorti de son plan d'aide financière, le Portugal assiste ainsi au déclin d'une dynastie bancaire vieille de près de 150 ans, proche du pouvoir politique et omniprésente dans le pays à travers une myriade de sociétés dans l'immobilier, l'assurance et l'hôtellerie.

Dans l'incapacité d'honorer ses dettes, la holding Espirito Santo International (ESI) a demandé à être placée sous le régime de gestion contrôlée auprès des autorités du Luxembourg, où elle a son siège.

Le groupe devrait présenter un plan de restructuration au tribunal de commerce de Luxembourg censé lui permettre de vendre des actifs et lever des fonds, à l'abri des demandes de ses créanciers.

"Actuellement, ESI n'est pas en conditions de remplir ses obligations, à cause de l'arrivée à échéance d'une partie importante de sa dette", reconnaît la holding.

Le groupe Espirito Santo, dont l'endettement est estimé à 7 milliards d'euros, est la cible de plusieurs enquêtes de la justice portugaise visant à déceler d'éventuelles infractions pénales.

La holding ESI, qui fait l'objet d'une enquête judiciaire au Luxembourg, est soupçonnée d'avoir passé sous silence une perte de 1,3 milliard d'euros pour épargner la BES.

Les déboires d'ESI ont eu des répercussions en Suisse où la holding n'a pas remboursé à temps des échéances de titres de dette à court terme détenus par des clients de Banque Privée Espirito Santo.

Nuisible à l'image du Portugal, l'affaire arrive au plus mauvais moment pour l'économie du pays: "On note un certain refroidissement, il y a des doutes sur le rythme de reprise au deuxième trimestre", commente à l'AFP Paula Carvalho, économiste de la banque BPI. Le PIB avait chuté de 0,6% au premier trimestre.

"Ce qui m'inquiète ce sont les conséquences de cette affaire sur l'économie portugaise, dont l'embellie me paraît très fragile", estime également Gilles Moec, chef économiste chez Deutsche Bank.

- Audit des comptes -

Jadis toute puissante, la famille a pratiquement perdu toute emprise sur la BES, joyau du groupe. Après avoir cédé 5% du capital afin d'honorer une échéance de dette, il lui reste encore une participation virtuelle de 20,1%, qui est toutefois à son tour gagée sur d'autres créances.

Les difficultés du groupe ont éclaté au grand jour avec la découverte en mai d'irrégularités comptables au sein de la holding ESI, qui a précipité le départ du PDG de la BES Ricardo Salgado, remplacé lundi par l'économiste Vitor Bento.

"La banque paraît peu exposée à la dette du groupe, mais la nouvelle équipe devrait rapidement annoncer des mesures pour dissiper les doutes et résoudre les problèmes qui persistent", a estimé Joao Cesar das Neves, professeur d'économie à l'Université catholique de Lisbonne.

Au sein de l'équipe de la BES, les collaborateurs s'affairent pour passer au peigne fin les comptes et réévaluer des actifs laissés par les dirigeants sortants.

Après la publication des résultats prévue le 25 juillet, qui s'annoncent désastreux, le nouveau PDG compte commander un audit externe, afin de rassurer des investisseurs prêts à entrer au capital de la banque en détresse.

"Il y a des investisseurs intéressés, mais ils demandent d'abord la transparence sur nos comptes", a assuré à l'AFP une source proche du dossier.

La solution pour la banque passe par l'entrée de nouveaux actionnaires, ce qui permettra d'éviter une intervention de l'Etat, a estimé vendredi le gouverneur de la Banque du Portugal, Carlos Costa.

Après ces propos rassurants, le titre de la BES a freiné vendredi sa descente aux enfers à la Bourse de Lisbonne en clôturant en petite hausse de 0,24% à 0,42 euro.

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