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En Pologne, les hérissons ont trouvé leur sauveur

18/07/2014 12:15 EDT | Actualisé 16/09/2014 05:12 EDT

Trop faible pour tenir seul sur ses pattes après avoir avalé un produit chimique destiné à tuer les limaces dans les jardins, Dymny le petit hérisson, lutte pour sa survie. S'il s'en sort, il le devra à Andrzej Kuziomski qui gère à Cracovie (sud) le premier et le seul refuge pour hérissons en Pologne.

"Depuis quelques jours il ne mange rien. Il ne pèse plus que 280 grammes, moins de la moitié du poids normal d'un hérisson", explique ce quadragénaire qui voue une véritable passion à ces sympathiques mammifères bien connus des enfants.

Dans son refuge de la banlieue de Cracovie, cet ancien accousticien peut héberger jusqu'à une cinquantaine de hérissons malades ou blessés.

Chassés peu à peu de leur milieu naturel par une urbanisation galopante et la dégradation de l'environnement suite à une utilisation intensive des insecticides, les hérissons sont de plus en plus nombreux à tenter de s'adapter à la vie en ville. Mais là, ils sont exposés à toutes sortes de dangers, explique Andrzej Kuziomski.

Dans certains quartiers de Varsovie, ils ont tellement proliféré que la municipalité a dû installer des panneaux de signalisation avec l'inscription "Attention aux hérissons".

Face au danger, le hérisson n'a que ses piquants, se mettre en boule lui a permis de survivre pendant près de 70 millions d'années.

Mais c'est une bien dérisoire protection face aux pneus des voiture.

Bien qu'il s'agisse d'une espèce protégée, le hérisson risque de disparaître d'Europe d'ici une vingtaine d'années si on ne fait rien, s'alarme Kuziomski.

"Cette synanthropisation, c'est le dernier cri de détresse des hérissons", explique-t-il en évoquant les tentatives de ces petits mammifères de trouver refuge en ville. "Si on ne les aide pas maintenant, nos enfants ne les verront bientôt plus que dans des manuels scolaires", dit-il.

Sa passion pour les hérissons remonte à mai 2007. Il travaillait alors comme coursier et parcourait tous les jours des dizaines de kilomètres à vélo.

"Chaque jour sur ma route, je voyais des dizaines de hérissons écrasés par des voitures. La nuit, j'en faisais des cauchemars. C'est à ce moment-là que j'ai décidé de faire quelque chose", raconte-t-il.

Dans les villes et leurs banlieues, "les hérissons sont massivement écrasés par les voitures, déchiquetés par des tondeuses à gazon, mordus par des chiens, ou même brûlés vifs par les jardiniers qui mettent le feu aux tas de feuilles mortes où les hérissons ont l'habitude de dormir", explique Kuziomski.

Les animaux qu'il recueille sont généralement dans un état pitoyable, les pattes à moitié arrachées, empoisonnés par des produits chimiques pour le jardinage ou brûlés, comme une femelle, toujours en vie, qui lui a été apportée pratiquement carbonisée.

"Elle ressemblait plus à un poulet rôti sorti d'un four qu'à un animal vivant", se rappelle-t-il. "Elle a survécu après plusieurs opérations, mais elle ne pourra jamais être remise en liberté et restera jusqu'à la fin de ses jours au refuge", ajoute-t-il.

Depuis 2010, il a réussi à remettre en liberté loin des villes plusieurs dizaines de hérissons.

Kuziomski vit aujourd'hui lui aussi comme un hérisson: essentiellement la nuit. Dès la tombée du jour, il s'occupe de ses protégés, les nourrit, leur administre des traitements, nettoie leur petites cages. Le jour, il milite pour récolter des fonds destinés à l'association qu'il a créée, dénommée "Igliwiak" (jeze.com.pl/).

Travaillant seul et consacrant tout son temps à son association, Andrzej Kuziomski regrette ne pas avoir les moyens pour recueillir plus d'animaux, les pensionnaires potentiels étant nombreux.

Son activité est financée uniquement grâce aux dons alors que les coûts en sont élevés, notamment pour les achats de nourriture spécialisée, essentiellement des larves de vers (70 kilos par mois), et les soins du vétérinaire.

Ainsi, le petit Dymny devra rester quelques jours en observation à la clinique vétérinaire Arka de Cracovie.

"On va lui administrer des solutés nutritifs par voie intraveineuse et purifier l'organisme", explique le docteur Przemyslaw Baran, après avoir examiné l'animal.

"J'espère qu'il s'en sortira", dit Kuziomski, visiblement inquiet.

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